Le welfarisme : un gâchis de temps et de moyens

Dans la nuit du 19 au 20 avril, l’assemblée nationale a examiné un ensemble de propositions et amendements dont certains directement liés à la situation des animaux en France.

Le vote qui a eu lieu a très largement retoqué un ensemble de mesures présentées comme des « avancées » par les organisations welfaristes et néo-welfaristes, c’est-à-dire la quasi totalité des associations animalistes, puisque l’idéologie du « bien-être animal » domine totalement le paysage associatif français en matière de cause animale.

Qu’il s’agisse des revendications visant à exploiter les poules dans des cages plus grandes (ou en « liberté »), du projet d’équiper les abattoirs de caméras de surveillance afin de s’assurer que les animaux y sont abattus dans le respect des procédures et règlements en vigueur, ou encore de celui de réduire le temps de transport des animaux entre leur lieu d’exploitation et celui de leur mise à mort (ainsi que d’autres propositions), ces différentes mesures ont été rejetées en bloc.

Pour les abolitionnistes, il semble évident que tant que l’on ne remettra pas en question radicalement le paradigme existant, qui voit dans les animaux des ressources à notre disposition et des biens de propriété, et tant que l’on arrivera pas à faire admettre l’existence d’un nouveau paradigme voyant dans les autres êtres sentients des individualités sensibles et conscientes, des personnes non-humaines, alors aucune mesure forte visant à avancer concrètement vers la fin de l’exploitation animale ne verra jamais le jour.

Soyons clairs, les amendements et mesures proposés et soutenus par les organisations welfaristes ne remettent nullement en cause l’exploitation animale ; c’est à dire le fait de considérer les animaux comme des ressources et biens de propriété et de les utiliser. Toutes ces mesures ne visaient qu’à modifier les méthodes mises en place pour utiliser les animaux, et ne s’attaquaient pas au fait même de les utiliser. Le rejet de ces mesures par les parlementaires signifie trois choses :

  • Que les réformes de bien-être animal ne sont adoptées (quand elles le sont) que quand les filières concernées estiment qu’elles peuvent leur permettre de maintenir et renforcer leurs avantages, marchés et marges commerciales. C’est à ce moment qu’elles sont éventuellement acceptées, et mises en place (en règle générale après de longues années de « transition », ou alors jamais…) ;
  • Que tant que notre regard sur les animaux nonhumains n’aura pas suffisamment évolué pour cesser de les considérer comme des ressources et des biens de propriété, alors quelque soit la souffrance invoquée, quelque soit l’étendue du massacre, les intérêts de leurs propriétaires (et donc des personnes qui utilisent ces animaux) seront toujours prioritaires ;
  • Que les campagnes ciblées spécistes et les réformes de « bien-être animal » sur lesquelles se concentrent les organisations animalistes sont un gouffre sans fond qui depuis des décennies engloutit l’énergie, le temps et les moyens de très nombreuses personnes sincèrement soucieuses de la cause animale et qui sous l’influence du discours welfariste utilisent toute cette énergie, tout ce temps et tous ces moyens pour défendre MOINS que le véganisme et MOINS que les droits fondamentaux des animaux. Ce qui représente un gâchis gigantesque dont l’étendue mondiale et ancrée dans près de deux siècles de passif du welfarisme institutionnalisé a épuisé des générations entières de militant.e.s.

Est-ce que ce rejet net et sans équivoque des mesures proposées à l’assemblée nationale sera suffisant pour que les organisations animalistes se décident à couper les ponts avec les campagnes spécistes, le réformisme complice du système et les amène à enfin s’engager dans une voie abolitionniste, avec au premier plan le véganisme en tant qu’impératif fondamental et minimum à faire pour les animaux ? Pas si sûr… Les campagnes non-abolitionnistes sont une manne financière qui permettent de rassurer les donateurs, enregistrer de nouveaux dons, et dans un cycle sans fin permettent de mettre en place de nouvelles campagnes ciblées ou réformistes qui à leur tour rassureront les donateurs sur le fait que « on agit » et permettront l’encaissement de nouveaux dons, qui à leur tour… etc. etc.

La position abolitionniste sur ces questions est connue. Mais il n’est pas inutile de la rappeler :

L’abolition de l’exploitation animale aboutira au terme d’une stratégie incrémentielle.

Elle ne prendra fin que lorsque les différents pans qui la composent seront abolis, l’un après l’autre.

Cette abolition tout à la fois radicale et progressive sera l’aboutissement d’un véritable mouvement populaire pour les droits des animaux qui n’a de chance d’émerger que hors de la sphère de contrôle des organisations welfaristes et des associations-institutions de l’animalisme-business.

Pour construire ce mouvement populaire, les abolitionnistes doivent se concentrer sur une éducation et une information non-violente au véganisme et aux droits des animaux. Cela ne peut pas se faire dans le cadre des organisations actuellement majoritaires car celles-ci défendent d’abord leurs propres intérêts, leur propre agenda, et que cet agenda n’est pas forcément celui qui correspond aux intérêts profonds de la cause animale. Comme l’a souligné dans un article, le professeur Gary L. Francione : « le problème n’est pas que la perspective abolitionniste est marginale ; le problème est qu’elle a été activement marginalisée par un mouvement animaliste qui se réduit à d’énormes organismes de bienfaisance dominant le marché des idées et disant au public que les réformes de bien-être sont la seule chose nécessaire. »

Concentrons nous donc sur cette action d’éducation et d’information. Et faisons toujours preuve de cohérence et de rigueur quand au minimum : rien de moins que le véganisme, rien de moins que la fin de l’utilisation des autres êtres sentients. C’est sur cette base que doit reposer le mouvement pour les droits des animaux. C’est à cette condition que l’immense potentiel d’énergie et de changement qu’il représente cessera  d’être gâché dans des campagnes sans fin et sans capacité à changer en profondeur les choses.

La conclusion va de nouveau au professeur Gary L. Francione :

« L’exploitation animale est invasive et omniprésente. La seule manière de changer les choses est de faire évoluer le statut des animaux de l’état de choses, de propriétés, vers celui de personnes nonhumaines membres à part entière de la communauté morale. Cela n’arrivera pas de manière significative tant que les animaux se retrouveront dans nos assiettes, sur nos tables, nos épaules, à nos pieds ou dans les produits que nous utilisons. Nous devons dire « non » à l’exploitation animale dans nos propres vies et nous avons besoin de sensibiliser les autres via une éducation végane créative et non-violente. »

15079085_343861182653531_8600708899695434505_n

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s