Contre l’utilisation des animaux (sauvages ?) dans les cirques ?

Depuis quelques jours une vidéo présentant diverses personnalités, notamment politiques, qui y prennent position contre l’utilisation des animaux dans les cirques est diffusée et trouve un certain écho médiatique.

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Cette vidéo, dont nous ne mettons aucunement en doute les bonnes intentions (ni celles des personnes qui y participent), est presque un cas d’école concernant la confusion généralisée qui règne au sein du « mouvement animaliste » et qui est devenue une de ses principales caractéristiques. On y présente une succession de déclarations, les unes contre l’utilisation de tous les animaux dans les cirques, les autres contre l’utilisation des seuls animaux sauvages. Pour nous qui défendons les droits fondamentaux de tous les êtres sentients, il semble que la ligne qui sous-tend cette initiative soit très floue. S’agit-il là de promouvoir la fin de tout usage des animaux dans les cirques, ou de viser uniquement les animaux sauvages ? Le message est imprécis. Il est bien compliqué de dire parmi toutes les personnes filmées qui est réellement opposé-e à l’utilisation des animaux, qui n’envisage que la fin de l’exploitation des animaux sauvages et parle des animaux d’une manière générale sans peser le sens profond de son intervention, qui est contre l’utilisation des animaux sauvages mais n’a rien à opposer à celle des animaux dits domestiques.

La confusion est encore augmentée par la diffusion en lien avec cette vidéo d’une pétition émanant du collectif espagnol « Infocircos » et datant de 2018, pétition demandant l’interdiction des animaux SAUVAGES dans les cirques, tandis que l’association française « Paris Animaux Zoopolis » se présente comme co-signataire de cet appel vidéo et qu’elle en lie la diffusion à une autre pétition qui demande elle la fin des places subventionnées dans les cirques.

Il est décidément difficile de comprendre clairement dans quel objectif précis s’inscrit cette vidéo à partir du moment où le discours qui l’accompagne (associatif ou pas) n’arrive pas à se concentrer sur un objectif commun ou à relayer un support pétitionnaire unique correspondant au message portée par les participant-e-s…

Cette vidéo pose aussi la question de la place des campagnes ciblées dans l’approche abolitionniste des droits des animaux. Comme l’a déjà expliqué le professeur Gary L. Francione :

« Une campagne ciblée implique d’isoler certaines utilisations ou formes de traitement particulières des animaux et d’en faire l’objet d’une campagne pour mettre fin auxdites utilisations ou modifier lesdits traitements. Le problème des campagnes ciblées est qu’elles présentent certains traitements ou utilisations comme moralement différentiables des autres formes d’utilisation et de traitement, suggérant ainsi de manière explicite ou implicite que ces autres formes d’exploitation seraient moralement moins problématiques. », ou encore : « Les campagnes ciblées se focalisent sur certaines formes d’exploitation ou sur des espèces particulières. Exemples : une campagne contre la fourrure ; une autre contre la présence des animaux sauvages dans les cirques ; une autre encore contre le veau à viande blanche pour encourager la consommation du veau à viande rouge, ou contre les œufs de batterie au profit des œufs « plein air » ; le boycott d’un Etat parce qu’il autorise le massacre d’une espèce « populaire » d’animaux, comme les loups. Toutes les organisations animales qui dominent aujourd’hui mènent des campagnes ciblées. »

Les abolitionnistes préfèrent donc éviter de soutenir et diffuser les campagnes ciblées, autant parce qu’elles ne remettent pas en cause la notion même d’utilisation des animaux (et en cela contribuent au maintien de distinctions spécistes entre les personnes nonhumaines en fonction de leur appartenance à telle ou telle espèce, ou en fonction de la méthode avec laquelle on les exploite…), mais aussi parce qu’elles servent généralement d’outil de promotion aux organisations animalistes welfaristes et néo-welfaristes qui mettent en avant ces campagnes pour occuper toujours plus d’espace au sein du mouvement animaliste. Un exemple évident concerne (dans le cas de cette vidéo sur les spectacles de cirque avec animaux, sauvages ou non) l’association « Fondation 30 Millions d’Amis » qui à l’occasion du « buzz » occasionné par cette vidéo en instrumentalise le succès relatif pour affirmer sur son site que cette situation serait la preuve que SON message a été entendu. Le discours de cette association participe d’ailleurs lui aussi à la confusion régnant sur les animaux bénéficiaires de cette campagne : on y cite tour à tour des initiatives pour des cirques sans animaux, puis des demandes pour trouver des alternatives aux animaux sauvages, sans savoir précisément à quelle situation précise pour les animaux l’action de cette association doit aboutir.

Du côté de l’association « Paris Animaux Zoopolis« , co-signataire proclamée de la tribune vidéo, la position est aussi confuse. Mais interrogée sur internet par voie de messagerie la confusion s’efface et l’association admet que malgré les discours de nombreux soutiens et participant-e-s opposé-e-s à l’utilisation de TOUS les animaux, et malgré la proclamation sur son site d’une opposition à l’utilisation des animaux (sans restrictions), l’objectif de l’action menée par l’association ne concerne en fait que les seuls animaux sauvages. Ce qui n’a rien d’abolitionniste puisque à aucun moment cela ne soulève la question de droits fondamentaux pour TOUS les animaux.

Une fois de plus, hélas, le mouvement animaliste choisit une voie consistant à demander moins que son objectif, et à utiliser l’énergie, le temps (et l’argent) des militant-e-s à revendiquer moins que ce qui motive leur engagement, tout en donnant l’impression de répondre à leurs attentes via un discours où la confusion permet à chacun-e de croire que ses convictions sont portées en avant. C’est triste. D’autant plus que le motif invoqué est (une fois de plus) celui d’un public qui ne serait pas prêt à entendre un discours abolitionniste. Rappelons que c’est ce même argument qui a été servi 10 fois, 100 fois, 1000 fois aux véganes pendant des années au sujet du véganisme qui ne pouvait pas être présenté au public, parce que ce dernier « n’était pas prêt ». Si les réseaux sociaux, notamment, n’avaient pas permis à des militants de faire connaître de manière indépendante et libre le véganisme et inciter ainsi les associations à en parler également (afin de satisfaire la demande d’une partie importante de leur base militante) nous en serions toujours au même point !

Si vous êtes abolitionniste et souhaitez intervenir dans les débats liés à cette campagne, nous ne saurions que vous inciter à toujours recentrer le débat sur les droits fondamentaux des animaux, la fin de l’utilisation de tous les animaux, et le véganisme comme impératif moral fondamental.

Voici, rapidement, quelques éléments d’argumentation cohérents avec la position abolitionniste :

Il faut mettre un terme à l’utilisation de TOUS les animaux dans les cirques ;

Le débat sur ce sujet doit amener à cesser d’utiliser TOUS les animaux dans un but de divertissement ; Et remettre en cause le fait d’utiliser et considérer les animaux comme des ressources, quel qu’en soit le but.

Participer au mouvement collectif pour la fin de l’utilisation de TOUS les animaux implique logiquement de devenir soi-même végane à titre individuel et d’amener d’autres personnes à le devenir.

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