Est-ce toujours mal de consommer des produits animaux ?

(Traduction libre et non-officielle d’un des « position papers » de l’International Vegan Association : « Is it always wrong to consume animals products ?« )

1. – Petites quantités d’ingrédients et causer des préjudices

L’IVA encourage tout le monde à adopter un engagement moral inébranlable et éthique envers le véganisme. Cet engagement moral consiste à s’abstenir de consommer et d’utiliser des animaux et des produits d’origine animale, même en très petites quantités.

Certain-e-s non-véganes (et même certaines personnes qui s’identifient comme véganes) trouvent étrange l’idée qu’un-e végane refuse d’utiliser un produit qui ne contient qu’une quantité infime d’ingrédients d’origine animale. Imaginez, comme exemple d’un tel produit, un sachet de chips de pommes de terre qui contient une très petite quantité d' »arômes naturels » partiellement dérivés des produits laitiers. A propos de ce type d’ingrédients à l’état de petites quantités, certains pensent : « Peu importe que je consomme ce produit animal microscopique. Alors pourquoi gaspiller mon énergie à essayer de ne pas le faire ? ».  Le refus végane de consommer de tels produits peut sembler pratiquement inutile, puritain et orienté vers soi-même.

En s’inquiétant des ingrédients à l’état de très petites quantités, les véganes ont-ils perdu de vue ce qui est important ? Nous, à l’IVA, nous ne le pensons pas. Dans cet exposé de notre position, nous allons vous expliquer pourquoi.

2. – Explorer la pensée sceptique

Commençons par examiner de plus près la pensée sceptique exprimée ci-dessus. Imaginez un-e végane qui pense ce qui suit :

Je sais que des milliards d’animaux sont utilisés, blessés et tués chaque année pour la nourriture, les vêtements et bien d’autres produits. Et je sais que c’est totalement inutile. Et je sais que ce serait une erreur de ma part de causer ce mal et ces morts quand je n’en ai pas besoin. Je suis végane parce que je veux éviter tout cela, et parce que je veux minimiser les dommages inutiles dans ce monde. Mais qu’il y ait des quantités presque invisibles ou non, d’un dérivé laitier dans ce sachet de chips ne peut pas faire une différence. Ne devrais-je pas tout simplement penser aux « vrais » problèmes de la viande, du lait, du fromage, etc.

La pensée de cette personne est motivée par une vision du véganisme que l’on peut appeler la vision de la prévention des dommages. Selon le point de vue de l’évitement des dommages, nous devrions généralement adhérer à un mode de vie végane, parce que c’est une partie importante de l’accomplissement de notre devoir d’éviter de causer des dommages inutiles. Mais du point de vue de l’évitement pur et simple des dommages, il peut parfois être acceptable de consommer des produits d’origine animale lorsque cela ne cause aucun dommage.

Nous voudrions peut-être résister à la conclusion que l’engagement d’éviter les préjudices n’a pas besoin d’impliquer le véganisme. Pour ce faire, on pourrait essayer de faire valoir que la consommation de produits d’origine animale à l’état de très petites quantités cause toujours au moins un petit tort, même si c’est indirectement. L’argument pourrait prendre différentes formes. On pourrait soutenir que manger un sachet de chips contenant des « arômes naturels » à base de produits laitiers augmentera légèrement la demande pour cette marque de chips, ce qui augmentera légèrement la demande de produits laitiers, et ainsi de suite. Ou encore, nous pourrions soutenir que la consommation de ces chips pourrait amener d’autres personnes à croire que la consommation de produits d’origine animale est acceptable, ce qui les inciterait à continuer ou à augmenter leur consommation de produits d’origine animale.

Mais ces arguments mettent à mal la confiance. Vous pourriez consommer vos chips en privé ou avec des gens qui ne font pas attention à vos choix alimentaires. Il n’y a aucune raison de croire que chaque décision alimentaire que vous prenez influence les décisions alimentaires des autres. Et les économistes reconnaissent que de nombreux choix individuels des consommateurs n’ont aucune incidence sur la production et l’offre. Si vous allez acheter un crayon au magasin, il est vraiment peu probable que cet achat soit, par lui-même,  » remarqué  » par le marché. Même si certains choix au niveau du consommateur font parfois une différence causale, il y en a certainement d’autres qui ne le font pas. Il n’y a aucune raison de croire que si vous achetez et consommez un sachet de chips contenant de petites quantités de produits laitiers, vous allez causer nécessairement du tort à quiconque, où que ce soit, même indirectement.

Il s’avère que le problème ne concerne pas uniquement les ingrédients à l’état de très petites quantités. Il peut y avoir des occasions où une personne peut manger des produits animaux  » « purs » (comme la viande, les produits laitiers, les œufs, etc.) sans causer de tort à aucun animal. Par exemple, une personne pourrait acheter un morceau de viande à une épicerie locale privée qui liquidera tous ses actifs cet après-midi et fermera immédiatement ses portes. Dans cette situation, le magasin ne commandera plus de produits et jettera le reste de son stock, de sorte que l’achat d’une personne ne pourra pas faire une différence sur le marché. Un peu différemment, une personne peut acheter des sacs et des accessoires en cuir dans un magasin de vêtements usagés sans pour autant contribuer au nombre d’animaux utilisés dans la production du cuir. Il n’est pas difficile de trouver d’autres exemples comme ceux-ci.

C’est un fait : certains cas d’achat et de consommation de produits d’origine animale ne causent tout simplement pas de blessures ou de mort d’animaux. Parfois, que l’on mange un produit animal ou pas ne fait aucune différence.

Certains groupes dits « véganes » souscrivent à cette idée et concluent que, dans les cas pertinents, il n’y aurait rien de mal à manger des produits animaux. l’organisation « Vegan Outreach« , par exemple, déclare que nous n’avons pas besoin d’adopter un engagement inébranlable et éthique envers le véganisme.

Nous, à l’IVA, comprenons très différemment le véganisme et la manière d’interpréter l’information présentée dans les paragraphes précédents. Nous considérons que chacun-e d’entre nous a une obligation morale sans équivoque d’être végane, peu importe si notre véganisme individuel fait toujours une différence ou pas.

3. – Un exemple provocateur

Oubliez le véganisme pour le moment. Prenons l’exemple suivant :

Une personne innocente est sur le point d’être exécutée publiquement par lapidation. Dans quelques minutes, des centaines de personnes se présenteront et, ensemble, ils tueront cette personne innocente. Que vous soyez présent-e et que vous participiez ne change rien à la façon dont la vie de cette personne se terminera. La personne innocente sera tuée, que vous participiez ou non. Si vous vous présentez et participez (en jetant des pierres), elle ne connaîtra pas plus de souffrances injustes que si vous n’y aviez pas assisté. Puisque des centaines de personnes lanceront des pierres au même moment, le fait que vous jetiez des pierres ne changera rien au fait qu’elle meure ou pas, ni à la manière dont elle meurt.

Serait-ce mal pour vous de vous présenter et de participer à l’exécution de cette personne ? Après tout, que vous participiez ou non ne fait absolument aucune différence. Elle mourra et souffrira quand même, avec ou sans votre participation. Alors, est-ce mal de participer ?

Il ne serait pas étrange d’éprouver de la répugnance à se faire poser cette question. Une personne bien équilibrée pensera : « Bien sûr que c’est mal – moralement abominable, en fait – de participer au meurtre de cette personne ! Que je fasse une différence ou pas, il n’en est pas question ! »

C’est mal de participer à l’exécution. C’est mal pour la raison très simple et évidente que le meurtre lui-même – l’activité de groupe consistant à tuer cette personne – est moralement inacceptable. Parce que l’activité est mal en elle-même, participer activement à l’activité est une erreur, même si l’on ne fait individuellement pas de différence pour le « succès » ou la continuation de l’activité. Il n’y a rien qui puisse susciter de la controverse dans cette réponse. Ce n’est que du bon sens moral !

Vous ne pouvez pas vous défaire d’une obligation morale en participant à une activité injuste simplement parce que cela se serait quand même produit sans vous. Au minimum, la morale exige que vous vous absteniez d’assister et de participer à l’exécution de cette personne. Et la morale peut exiger plus de vous que cela : elle peut exiger que vous encouragiez les autres à faire de même.

4. – Pourquoi être un-e végane éthique ? La perspective abolitionniste

Nous, à l’IVA, pensons que nous devrions rejeter toute utilisation des animaux et toute consommation évitable de produits d’origine animale, pour la même raison que nous devons nous abstenir de participer à l’horrible et injuste meurtre de la personne innocente dans l’exemple décrit ci-dessus. Pour être clair, ce que nous voulons dire, ce n’est pas que manger un produit d’origine animale soit ou non aussi grave moralement que de participer à une exécution publique. L’analogie vise plutôt à mettre en évidence une similitude structurelle entre ces cas, et à montrer que nous ne pouvons être dispensé-e-s de ne pas participer à des activités de groupe injustes simplement parce que notre contribution ne ferait pas une différence causale.

En tant que véganes abolitionnistes, nous rejetons par principe l’utilisation des animaux. Même si, dans un cas particulier, il semble que l’utilisation d’un produit dérivé d’un animal ne causerait pas de tort ou de mort à cet animal, nous rejetons cette option. Bien sûr, nous nous soucions de ne pas causer de tort ; comme nous l’avons dit plus haut, il s’agit d’un objectif moral important. Mais nous nous soucions de bien plus que d’éviter le mal. Nous nous engageons à ne pas participer à des actes collectifs de violence et à des actes répréhensibles, peu importe quand et si notre participation fait une différence ou non.

Selon l’approche abolitionniste telle qu’elle a été conçue et défendue par Gary L. Francione, notre pratique sociale collective d’élever, d’utiliser, de blesser et de tuer des animaux à des fins alimentaires et autres est immorale. Nous ne devrions pas participer à cette injustice, tout comme nous ne devrions pas participer au meurtre d’humain-e-s innocent-e-s. Nous avons l’obligation logique de cesser de traiter les animaux comme de simples choses – comme des biens – et de commencer à les traiter comme des êtres ayant pleinement une valeur morale. Le véganisme est un impératif éthique, et il doit être considéré comme la base morale absolue de tout mouvement qui prétend prendre au sérieux la valeur morale des animaux non humains. Comme Gary L. Francione l’a dit en discutant de certaines des questions qui nous occupent ici, le véganisme est un principe fondamental de la justice.

Bien sûr, lorsque nos actions causent directement du mal d’un autre être sentient (p. ex. la chasse et l’achat de produits d’origine animale), cela soulève des problèmes moraux additionnels et importants. Il va sans dire que nous ne devrions pas causer directement la souffrance et la mort d’autres animaux sans raisons morales impérieuses. Ce que nous voulons dire, c’est simplement que la motivation fondamentale du véganisme n’est pas de minimiser les torts que chacun de nous fait en tant qu’individu. Au lieu de cela, la raison fondamentale d’être végane est que nous avons l’obligation de nous abstenir de participer à l’injustice collective qu’est l’exploitation des animaux.

5. – Faire la différence, individuellement et collectivement

Nous ne devrions pas considérer l’argument présenté dans le précédent paragraphe comme une indication que les abolitionnistes ne se soucieraient pas de savoir si leurs actions font une différence. En effet, comme Gary L. Francione le soutient depuis des décennies, l’approche abolitionniste des droits des animaux vise à mettre un terme à toutes les utilisations des animaux. Il est extrêmement important de faire une différence. Alors, comment pouvons-nous le faire ?

Un certain nombre de points viennent à l’esprit :

Premièrement, nous avons souvent l’occasion de faire une différence dans la vie des animaux à l’échelle locale. Par exemple, faire un don ou du bénévolat dans des refuges pour animaux (bien gérés), et adopter des animaux sauvés dans nos maisons fait une différence incommensurable pour les animaux dont nous partageons l’existence.

Deuxièmement, lorsqu’un nombre suffisant de personnes agissent ensemble, le marché s’en rend compte. En encourageant les gens à devenir des véganes abolitionnistes militant-e-s (qui eux-mêmes encouragent d’autres personnes à devenir des véganes abolitionnistes militant-e-s !), nous pouvons provoquer une révolution économique, sociale et morale énorme et transformatrice. Bien que nos choix individuels au niveau de notre consommation ne soient pas toujours remarqués par le marché, les choix collectifs de la communauté végane croissante peuvent être particulièrement puissants.

A la lumière de cette deuxième réflexion – qu’un nombre suffisant de personnes agissant ensemble fait une différence – vous vous demandez peut-être si notre obligation d’être végane pourrait être fondée sur la possibilité de créer un changement social. Devrions-nous être véganes parce qu’être véganes nous aidera à changer le monde ensemble ? La réponse, à notre avis, est tout à la fois  » oui  » et  » non « . Oui, il est vrai que le message abolitionniste doit être diffusé par des véganes éthiques, et il est vrai que l’objectif de créer une révolution sociale est une raison supplémentaire puissante pour rester ferme dans son engagement envers le véganisme. Mais,  » non « , l’obligation d’être végane ne dépend pas de la possibilité que nous puissions créer ensemble un changement social. Comme nous l’avons vu en considérant l’exemple de la participation à l’exécution d’une personne innocent-e, votre obligation personnelle d’être végane est basée sur le fait qu’il est mal de participer à des pratiques immorales. Même si nous ne pouvions pas changer le monde pour le mieux, nous aurions tou-te-s l’obligation d’être véganes. (Mais nous n’avons pas besoin d’être dérangé-e-s par cette pensée négative, parce que nous pouvons certainement changer le monde ensemble.)

Cela signifie que notre situation morale est un peu complexe. D’une part, nous avons tou-te-s l’obligation morale d’être véganes, simplement parce qu’il est mal de participer à l’institution injuste de l’utilisation et de la mise à mort des animaux. D’un autre côté, nous avons de bonnes raisons morales de parler aux autres du véganisme – et de diffuser le message abolitionniste – parce que cela contribuera à l’abolition de l’utilisation des animaux.

6. – Définir les lignes et aller de l’avant

Il est important d’éviter de causer des préjudices, mais ce n’est pas la seule chose qui compte moralement. Tout aussi important que notre devoir d’éviter de causer un préjudice évitable est notre devoir de refuser de participer à des pratiques de groupe immorales. Si nous n’étions pas des véganes éthiques – si nous faisions parfois des exceptions pour nous-mêmes, en achetant ou en consommant de petites quantités de produits animaux – alors nous ne respecterions pas nos obligations morales.

On pourrait trouver la conclusion écrasante. Après tout, il y a des traces de produits d’origine animale partout : dans notre électronique, dans les matériaux que nous utilisons pour construire nos routes, dans les ustensiles que nous utilisons pour cuisiner nos aliments (pourtant à base exclusivement végétale !), etc. Cela signifie-t-il que nous ne pouvons pas utiliser des ordinateurs, voyager sur les routes ou cuisiner de la nourriture parce que, ce faisant, nous participerions au système d’exploitation et de meurtre injustes ? Où sommes-nous censé-e-s poser les limites ?

Il n’y a pas de réponse facile. C’est une tragédie morale que l’utilisation et l’abattage d’animaux soient devenus une part inévitable de la façon dont nous, en tant que société, avons choisi de vivre. Le fait qu’aucun-e d’entre nous, à l’heure actuelle, ne puisse se retirer complètement du système qui utilise les animaux devrait nous indigner moralement. Dans un monde rempli (littéralement) des conséquences de l’utilisation et de la mise à mort des animaux non humains, il n’y a pas de solution claire quand il s’agit de tracer des lignes dans notre vie personnelle. Nous savons que nous pouvons (et que nous devons) nous abstenir de consommer de la viande, des produits laitiers, du miel, des œufs, des aliments et des produits de soins personnels qui contiennent des sous-produits animaux, etc. Mais il y a certaines formes de l’utilisation des animaux qui semblent tout simplement inévitables. C’est un problème obsédant, et c’est un problème que nous avons créé par nous-mêmes.

Mais s’il est difficile de tracer des lignes fermes et immuables, il est extrêmement facile d’aller de l’avant. Nous avons deux conseils à vous donner.

Premièrement, nous vous encourageons à agir en ayant une attitude morale honnête et progressiste. S’engager en faveur des droits et de la valeur des animaux nonhumains signifie nous mettre constamment au défi, nous-mêmes et les un-e-s les autres, de faire mieux. Lorsque vous découvrez un autre usage où vous et nous semblons dépendre de l’utilisation d’animaux, cela crée une occasion de discussion et de progrès moral. Nous devrions discuter entre nous de nos options et de nos solutions de rechange et, lorsqu’il n’y en a pas, discuter de la possibilité d’en créer de nouvelles. Et même si nous ne pouvons pas nous retirer complètement du système d’utilisation des animaux, nous pouvons refuser de nous en servir comme excuse ou comme permission pour nous engager dans des formes d’utilisation évitables.

Deuxièmement, nous vous encourageons à aller expliquer aux autres pourquoi iels devraient partager votre engagement vis-à-vis du véganisme et des droits des animaux. C’est le moyen le plus sûr et le plus rapide pour nous de changer le monde, de mettre fin à l’utilisation institutionnalisée des animaux et de créer des options morales là où il n’en existe pas aujourd’hui.

 

2018-07-15-Tabling-in-Copley-SquareStand d’information de l’IVA

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