Les militant-e-s animalistes se trompent : Les éleveurs ne sont pas le problème

(traduction libre et non-officielle de « Animal Activists Get it Wrong: Farmers Are Not the Problem » de Gary L. Francione)

Les militant-e-s animalistes se trompent : Les éleveurs ne sont pas le problème

Des activistes au ‘dress-code’ soigneusement coordonné posent pour une photo de groupe sur Facebook après avoir fait irruption dans un élevage en Australie

L’État australien de Nouvelle-Galles du Sud a introduit des amendes de 1 000 dollars pour chaque activiste animaliste surpris en train de pénétrer illégalement sur des terres agricoles privées. Ces sanctions font suite à une série de manifestations et d’actions directes organisées récemment par des militant-e-s dans des fermes privées et des abattoirs. Il semble que l’on envisage d’ajouter des peines de prison et des amendes supplémentaires aux sanctions possibles. Le responsable adjoint du NSW a qualifié de « terroristes nationaux » les personnes qui se livrent à cette activité interdite.

En s’en prenant aux éleveurs, les militant-e-s animalistes se sont trompés. Et je dis cela en tant que végane depuis près de quarante ans et fervent défenseur des droits des animaux.

Le problème n’est pas les éleveurs. Ils répondent à une demande. Les éleveurs n’élèveraient pas d’animaux s’il n’y avait pas une demande en produits animaux.

Le problème n’est pas les abattoirs. Ils répondent à une demande. Il n’y aurait pas d’abattoirs s’il n’y avait pas de demande de produits animaux. Vous pouvez fermer dix abattoirs aujourd’hui et si la demande de produits animaux reste la même, dix nouveaux abattoirs ouvriront demain ou dix abattoirs existants augmenteront leur capacité de production.

Le problème, c’est que la plupart d’entre nous mangent des animaux et des produits animaux.

La seule manière de mettre fin à la pratique de la consommation d’animaux est de persuader les gens, par le biais d’une éducation et d’un engagement productifs et non violents (c.-à-d., ne pas leur crier dessus, ne pas les confronter de manière agressive, etc.) qu’ils devraient cesser d’alimenter la demande qui maintient les élevages et les abattoirs en activité.

Lorsque je dis ce genre de choses, de nombreux animalistes se fâchent contre moi et prétendent que ce que je propose – une transition généralisée vers le véganisme – ne se produira jamais parce que les gens ne renonceront jamais à manger et même à utiliser les animaux.

Il existe deux réponses à faire à ces militant-e-s.

Premièrement, si l’on ne peut convaincre les gens de ne plus exiger de produits d’origine animale, il est tout à fait inutile d’essayer d’arrêter l’offre. Si la demande est là, l’offre continuera. C’est un fait simple et irréfutable. Cela s’appelle l’économie.

Deuxièmement, la mission d’information et d’éducation au véganisme, bien que certainement intimidante, n’est non seulement pas impossible, mais elle renforce en fait ce que la plupart des gens croient déjà. Bien que certaines personnes ne se soucient pas du tout des animaux en tant que question morale, beaucoup – j’ose dire la plupart – s’en soucient. En effet, il fait partie de notre sagesse conventionnelle que les animaux ont une importance morale. Et presque tous ceux qui se soucient des animaux conviennent qu’il est moralement inacceptable de leur infliger des souffrances inutiles. Si ce principe a un sens, alors il doit exclure la souffrance imposée simplement pour le plaisir, l’amusement ou la commodité.

Le joueur de football américain Michael Vick a été impliqué dans un scandale médiatique concernant des combats de chiens. Mais en quoi un combat de chien est-il si différent que manger des animaux ?

Parce que nous refusons d’imposer la souffrance animale pour le plaisir, nous fustigeons des personnes comme le joueur de football américain Michael Vick, qui exploitait un cercle de combats de chiens, ou Mary Bale, qui a jeté un chat dans une poubelle à Coventry, ou Walter Palmer, le dentiste de Minneapolis qui a abattu Cecil le lion.

Notre conviction largement partagée de ne pas imposer la souffrance et la mort aux animaux pour des raisons de plaisir ou d’amusement explique un sondage publié en mai 2017, qui a montré que près de 70 % des électeurs britanniques étaient opposés à la chasse au renard, et que la moitié d’entre eux étaient moins susceptibles de voter pour un candidat pro-chasse aux élections générales. Et l’opposition ne se limite pas à la chasse au renard. Un sondage de 2016 a indiqué qu’en plus d’une opposition majeure à la chasse au renard, un nombre important de personnes au Royaume-Uni étaient également opposées à la chasse au cerf (88 %), à la chasse au lièvre (91 %), aux combats de chiens (98 %) et à l’abattage des blaireaux (94 %). La plupart des Britanniques s’opposent aussi au fait que la famille royale tue des dizaines d’oiseaux le lendemain de Noël (26 décembre), juste pour le plaisir.

Il est clair que nous prenons au sérieux l’idée qu’il est mal d’infliger des souffrances et des morts inutiles aux animaux, même si nous ne souscrivons pas tous à l’idée des droits fondamentaux des animaux. La clé pour que les gens cessent de manger des animaux est d’arriver à leur faire comprendre que manger des animaux n’est pas plus nécessaire que de chasser le renard ou le blaireau, de combattre des chiens, de jeter des chats dans des poubelles ou de tirer sur des lions.

Nous tuons environ 70 milliards d’animaux terrestres chaque année pour nous nourrir. Nous tuons un nombre inconnu de poissons. L’estimation la plus basse que j’ai lue est d’un trillion par an. Rien que pour nous nourrir, nous tuons plus d’animaux chaque année que le nombre total d’êtres humains qui ont vécu sur la terre depuis le début des temps. Réfléchissez-y une minute.

Aucune de ces tueries n’est nécessaire. Nous n’avons pas besoin de manger des produits animaux pour être en bonne santé. L’ « Academy of Nutrition and Dietetics » affirme que les régimes alimentaires végétaliens « sont sains, nutritionnellement adéquats, et peuvent présenter des avantages pour la prévention et le traitement de certaines maladies. » Le « National Health Service » britannique affirme qu’un régime végane équilibré peut être « très sain ». Dans le monde entier, les principaux professionnels de la santé adoptent de plus en plus la position selon laquelle les produits d’origine animale nuisent à la santé humaine. Il y a même de grandes compagnies d’assurance qui font la promotion d’une alimentation végane.

Manger des animaux n’est pas moins un exemple de souffrances inutiles que Michael Vick qui organise des combats de chiens ou que le Prince Charles tirant sur des oiseaux pour s’amuser.

Non seulement il n’est pas nécessaire de manger des produits d’origine animale, mais il est clair que l’élevage est en train de provoquer une catastrophe environnementale. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre mesurées en équivalent CO2. Il s’agit d’une part plus élevée que celle des gaz d’échappement des transports. Selon le Worldwatch Institute, l’élevage est responsable de 51 % des gaz à effet de serre. Et lorsque vous considérez les autres effets environnementaux – utilisation/pollution de l’eau, érosion des sols, etc., et le fait que le méthane est beaucoup plus destructeur que le CO2 sur une période de 20 ans, il devient clair que les esprits raisonnables ne peuvent être en désaccord : l’élevage est la plus grande menace environnementale pour notre planète.

L’un des chercheurs de l’Université d’Oxford à l’origine d’une récente étude sur le changement climatique a déclaré : « Un régime alimentaire végétalien est probablement le moyen le plus important de réduire votre impact sur la planète Terre, pas seulement les gaz à effet de serre, mais l’acidification globale, l’eutrophisation, l’utilisation des terres et de l’eau. » Il a ajouté que cela « est bien plus important que de réduire ses vols ou d’acheter une voiture électrique. »

Une autre équipe de recherche d’Oxford a constaté qu’une réduction massive de la consommation de viande était nécessaire pour éviter une catastrophe climatique. Nous ne parlons pas de « lundi sans viande » ou de « végane avant 18 heures ». Nous parlons de tout le monde mangeant 75% moins de bœuf, 90% moins de porc et deux fois moins d’œufs. Et les produits laitiers ont également des effets négatifs importants sur l’environnement. Comme il est peu probable que tout le monde réduise sa consommation de cette quantité, ceux d’entre nous qui s’en soucient pour des raisons environnementales doivent réduire leur consommation à zéro.

Une étude récente de l’université de Harvard a montré que le Royaume-Uni serait en mesure de subvenir à ses besoins et de lutter contre le changement climatique en rendant à la forêt les terres utilisées pour l’agriculture animale : « [l]e retour à la forêt des terres actuellement utilisées pour le pâturage et la culture d’aliments pour animaux pourrait absorber 12 années d’émissions de carbone ».

Les Nations Unies estiment que nous disposons d’environ douze ans pour agir afin d’éviter une catastrophe. Nous devons faire face à un fait simple et irréfutable : une transition généralisée vers le véganisme n’est peut-être pas suffisante pour sauver la planète, mais elle est certainement nécessaire.

Et puis il y a la question des droits de l’homme : Rien qu’aux États-Unis, les céréales données aux animaux pourraient nourrir 800 millions de personnes. Si nous mangions tous des végétaux, aucun enfant n’aurait à se coucher affamé ce soir.

Nous avons besoin d’éduquer les gens sur l’éthique – tant à l’égard des non-humains que des humains – et le bon sens écologique du véganisme. Je reconnais que ce n’est pas une tâche facile. Manger des animaux est quelque chose que nous faisons depuis longtemps. La plupart des gens considèrent la consommation de produits animaux comme une activité tout à fait normale qu’ils ne remettent pas vraiment en question. Beaucoup se sentent mal à l’aise sur ce sujet mais, malgré la disponibilité d’informations sur l’absence de nécessité de consommer des aliments d’origine animale, ils continuent de penser qu’il est nécessaire de manger des animaux. Nous devons éduquer les gens sur le fait qu’il n’est pas nécessaire de consommer des produits animaux.

De nombreuses personnes ont été induites en erreur en pensant que la consommation d’aliments d’origine animale prétendument produits de manière plus « humaine » était moralement acceptable. Ce n’est pas le cas. Parce que les animaux sont des biens de propriété, les produits d’origine animale les plus « humains » impliquent toujours un traitement qui équivaut à de la torture – et tous les produits d’origine animale impliquent la mort. Si nous pensons vraiment que les animaux ont une importance morale, nous ne pouvons pas justifier de les tuer – même si c’est de manière « humaine » – s’il n’y a pas de nécessité à le faire. Et ce n’est pas le cas. Nous devons éduquer les gens – les engager réellement de façon constructive – sur la raison pour laquelle accorder une valeur morale aux animaux signifie que nous ne pouvons pas utiliser les animaux comme des ressources. Si les animaux sont des ressources, alors ils ne sont que des choses.

Les organisations écologistes refusent de se concentrer sur l’élevage. Dans le but d’accueillir de très nombreux donateurs, elles parlent – tout au plus – de réduire notre consommation de viande. Ni le « Green Party » ni la soi-disant « radicale » Extinction Rebellion ne font la promotion du véganisme. En fait, elles font tout pour éviter de le faire. Nous devons éduquer les gens sur ces faits écologiques.

Non seulement le fait de cibler les éleveurs et les abattoirs pour une action directe ne permet pas de s’attaquer à la cause du problème de manière productive, mais cela perpétue l’idée que ceux qui ne mangent pas les animaux sont des « extrémistes », et cela nous empêche ainsi d’avancer vers le dialogue social que nous devons avoir. Cette approche donne aux gens une raison d’ignorer les questions importantes en jeu. Elle est également absurde : presque tous les militants qui s’engagent dans des actions directes contre des éleveurs ou des abattoirs ont des parents et des amis – parfois des partenaires – qui ne sont pas véganes et qui sont ceux-là mêmes qui maintiennent les élevages et les abattoirs en activité. La plupart de ces activistes s’opposeraient de manière compréhensible à ce que leurs amis et leurs proches soient la cible d’une action directe.

Ces militant-e-s animalistes tentent souvent de justifier leurs actions en invoquant la nécessité pour le public de voir ce qui se passe dans les grandes exploitations industrielles ou dans les abattoirs. C’est tout simplement idiot. Toute personne âgée de plus de quatre ans sait que les produits animaux qui se trouvent dans son assiette ne poussent pas sur les arbres. Ils ne connaissent peut-être pas les détails, mais ils savent certainement que des animaux ont souffert et sont morts dans le cadre de ce processus de production alimentaire.

De plus, il existe déjà une tonne d’images violentes sur les élevages et les abattoirs. Il n’est pas nécessaire d’en rajouter.

Le problème est que le débat sur l’éthique animale est souvent encadré par des « militants » professionnels qui ont besoin de ces méthodes pour collecter des fonds. Et c’est exactement le but de ce type d’actions : collecte de fonds, marketing et image de marque. La cible principale de ces efforts n’est pas le public qui a tant besoin d’être éduqué ; ce sont les personnes qui sont déjà sensibles au message. Très peu de personnes qui ne le sont pas déjà penseront que l’action directe contre les élevages ou les abattoirs est une bonne idée. Celles qui le sont doivent s’engager à expliquer pourquoi la seule réponse rationnelle à l’opinion que les animaux ont une importance morale consiste à devenir végane. Et alors les élevages et les abattoirs fermeront pour de bon.

Si les activistes ont une réelle volonté de bien faire, c’est avant tout du marketing mis en place par l’organisation

Même lorsque les activistes ne s’engagent pas dans une action directe contre les éleveurs et les abattoirs, leurs efforts sont souvent contre-productifs et visent davantage à faire en sorte qu’ils soient au centre de l’attention – plutôt que les problèmes. Par exemple, entrer dans un restaurant (en portant des t-shirts de l’organisation) et crier après des gens qui sont en train de manger n’aboutira pas à un dialogue constructif. Se tenir sur une place (ou un « cube » comme ils l’appellent) en portant des masques de Guy Fawkes et en tenant des ordinateurs portables montrant des images gores d’abattoirs, ou se rassembler en grand nombre pour rester debout en silence en tenant des cadavres de poulets ou d’autres animaux, ne fait qu’inciter les parents et les enfants à prendre une autre direction et renforcer l’idée que les défenseurs des animaux sont des gens pour le moins étranges. Mettre des masques d’animaux et entrer dans le supermarché local avec un mégaphone à la main, c’est créer un spectacle qui aide des groupes animalistes à se démarquer d’autres groupes animalistes, et non un engagement sérieux et constructif avec des idées. Certains de ces militants ne promeuvent même pas le véganisme comme base morale. En effet, certains soutiennent des campagnes pour une exploitation soi-disant plus « humaine ». Aucune des grandes organisations animalistes ne promeut clairement et sans équivoque le véganisme comme un impératif moral. Pas une seule. Franchement, le « mouvement animaliste » moderne est un fouillis terriblement confus.

Les personnes préoccupées par l’exploitation des animaux doivent éduquer les gens pour qu’ils cessent d’exiger des produits d’origine animale. S’ils le font, les éleveurs cesseront de produire des produits animaux et les abattoirs fermeront. S’ils ne le font pas, il y aura toujours des élevages et des abattoirs. C’est aussi simple que cela.

~ Gary L. Francione

Gary L. Francione est professeur de droit à la Faculté de droit de l’Université de Rutgers-Newark. Il a obtenu un baccalauréat en philosophie de l’Université de Rochester, où il a ensuite reçu la bourse Phi Beta Kappa O’Hearn, lui permettant de poursuivre des études supérieures de philosophie, en Grande-Bretagne. Il a ainsi complété une maîtrise en philosophie et un Juris Doctor à l’Université de Virginie où il a, par ailleurs, assumé les fonctions d’éditeur, pour la Virginia Law Review. Il est professeur distingué à la faculté de droit de l’université Rutgers à Newark, dans le New Jersey.

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