L’avenir du véganisme est entre nos mains !

Le véganisme n’est pas une diète alimentaire. C’est un impératif moral fondamental pour qui considère que les animaux ont le droit de vivre sans être ni exploités, ni torturés, ni tués. L’alimentation végane est une implication directe et incontournable de ce positionnement éthique.

Le véganisme n’est pas un choix d’habillement. Le fait de refuser de porter la peau des animaux (ou tout autre élément d’origine animale) est aussi une implication directe et incontournable de ce positionnement éthique.

Le véganisme n’est pas une manifestation contre la chasse ou la corrida. Le fait de rejeter et dénoncer l’utilisation des animaux et leur mise à mort à des fins de divertissement est là aussi une implication directe et incontournable de ce positionnement éthique. De même que l’opposition à l’expérimentation animale, ou à la marchandisation des animaux, ou à l’usage de leurs produits dans l’industrie des cosmétiques, et toute autre utilisation.

Mais le véganisme ne dépasse le cadre individuel et n’accède à la caractéristique de composante consciente d’un mouvement social progressiste que dans le cadre de l’Approche Abolitionniste. C’est-à-dire en devenant la base sur laquelle pourra se construire un véritable mouvement populaire pour les droits des animaux.

L’Approche Abolitionniste considère le véganisme comme un impératif moral fondamental, le minimum à faire pour les animaux. Non pas comme l’Oméga à atteindre, mais comme l’Alpha d’une véritable révolution des coeurs et des consciences. Il est un pilier de cette approche, aux côtés du la lutte contre toutes les discriminations et oppressions (humaines et nonhumaines) et de l’action nonviolente qui repose sur la mise en application des principes de justice et d’égalité : des moyens justes pour un objectif juste.

Mais comment développer le véganisme abolitionniste suffisamment pour pouvoir un jour mettre nos énergies au service d’un mouvement populaire suffisamment représentatif et influent pour enfin réellement changer les choses ?

Nous ne pouvons plus laisser la volonté, le temps et les moyens des véganes se dissoudre année après années, décades après décades, dans les puits sans fonds des éternelles mêmes campagnes welfaristes et dans les appétits de d’adhésions et de dons financiers des grandes organisations « animalistes ».

L’Approche Abolitionniste met donc l’accent en priorité sur le travail d’information et d’éducation créative et nonviolente au véganisme et aux droits des animaux. Comme l’écrit Gary L. Francione : «Il existe toutes sortes de façons de faire la promotion du véganisme de façon créative et non violente. Mais, en fin de compte, l’élément le plus important d’un mouvement populaire en faveur des animaux est l’individu — VOUS ! — qui communique avec d’autres individus.»

Imaginons un peu ce qui pourrait se passer si les véganes décidaient de tenir compte des conseils de l’Approche Abolitionniste. Combien y-a-t-il de véganes en France ? Difficile à estimer évidemment. Une étude rendue disponible récemment estime à environ 90 000 le nombre véganes en France pour la période 2014-2015. On peut considérer avec peu de risque de se tromper que le véganisme va en se dévelopant et que ce chiffre est dépassé de manière conséquente en 2017. 120 000 ? 150 000 ? 200 000 ? Impossible pour le moment de le savoir précisément. Pour les besoins de cette démonstration nous allons couper la poire (bio, locale et de saison) en deux : misons sur 150 000 véganes à l’heure actuelle.

Si chaque végane se donne pour objectif cette année de convaincre UNE personne de son entourage de l’impératif de devenir végane (et de la réalité pratique du véganisme au quotidien), cela signifierait que nous passerions de 150 000 à 300 000 véganes en quelques mois ! Si cette procédure se maintenait en 2018 (parce que le fait d’éduquer les autres au véganisme serait effectivement admis comme LA priorité des véganes), nous passerions à 600 000 véganes. En 2019 : 1 200 000 véganes. En 2020 (ou 2021, un peu de patience…), 2 400 000 véganes. Même si nous tenions compte qu’une partie de ces véganes met de côté provisoirement le véganisme pour telle ou telle raison que nous ne pouvons maîtriser, et que nous estimions cette part à environ 20 % des véganes, nos calculs (théoriques évidemment, c’est un exemple volontairement optimiste) nous amènerait à environ 2 000 000 ou plus de véganes en 2021. Etc.

Nous sommes conscients que cette stratégie a ses limites et que cela n’est pas purement mathématique. Mais sur près de 70 000 000 de français.e.s, approcher les 3 % de véganes ne semble pas un but inatteignable. D’autant plus qu’avec l’augmentation du nombre de véganes, le véganisme devient plus facile à appréhender : plus de sites et de réseaux, plus de véganes disponibles pour aider et informer les autres, plus de commerces, plus de produits du quotidien répondant aux critères du véganisme, plus de lieus de restauration, plus de livres, d’articles ou de documents vidéos, plus de visibilité médiatique…

Imaginons une société avec plus de 2 000 000 de véganes. Qu’est ce que cela implique concrètement ?

Cela signifie que les enfants véganes (vos enfants ou petits-enfants) scolarisés ne sont plus un ou deux dans une école, mais 20 ou 30 ou plus. Que certains de leurs professeurs (plusieurs…) sont véganes également. Que d’autres membres de leur établissement (cantine…) sont aussi véganes, peut-être même que le ou la directrice de leur école, collège ou lycée est végane ou que cette personne a un voire plusieurs véganes parmi ses proches. La demande d’un menu végane disponible pour tou.te.s et tous les jours passe du statut de revendication ultra-marginale et économiquement peu réaliste à demande raisonnable et profitable à de nombreuses personnes.

Cela signifie que parmi les professionnels de santé qui peuvent s’occuper de vous, de vos proches, de tou.te.s, les véganes ne sont plus des cas isolés mais se retrouvent régulièrement à différents niveaux du dispositif de santé. Que leur présence stimule le reste de ces professionnels même non véganes et permet ainsi que le véganisme soit mieux pris en compte dans le monde médical. Ce qui est rassurant tout à la fois pour les véganes autant que pour les personnes qui envisageront ensuite de le devenir.

Cela signifie aussi que la cause des droits des animaux disposer de nouveaux alliés dans toutes les strates de la société, dans toutes les secteurs professionnels (ou presque…), dans toutes les villes.

Et à ce moment nous pourrons vraiment nous employer à construire un véritable mouvement qui avec ces premiers millions de véganes pourra effectivement peser économiquement, électoralement, socialement, politiquement. Plusieurs millions de véganes demandant des alternatives aux produits animaux disponibles partout et pour toutes. Plusieurs millions de véganes dénonçant des pans entiers de l’exploitation animale. De quoi démanteler pan par pan cette exploitation honteuse et massivement mortifère.

De quoi exiger non plus l’arrêt de la chasse le dimanche pour la sécurité des promeneurs, mais la fin de toute chasse ou pêche de loisir. De quoi exiger non pas un menu végétaRien (impliquant donc ds produits d’origine animale) une fois par semaine dans les cantines scolaires, mais une alternative effectivement végane équilibrée et complète tous les jours dans tous les établissements de restauration, publics comme privés. De quoi non pas manifester contre l’expérimentation sur des singes, mais exiger l’arrête de toute forme d’expérimentation sur les animaux. En fait, une force capable de revendiquer avec poids une série de mesures réellement abolitionnistes ayant la capacité de modifier en profondeur nos rapports avec les autres animaux.

L’Approche Abolitionniste est tout à fait à même de proposer aux véganes une stratégie incrémentielle pour les droits des animaux. Elle n’est pas réductible à cette caricature du « tout ou rien » et du « convertissons la terre entière à 100 % » à laquelle voudrait faire croire ses opposant.e.s souvent lié.e.s, voire très lié.e.s aux organisations animalistes qui proposent moins que le véganisme et moins que la fin de l’utilisation des animaux.

Nous avons l’avenir du véganisme dans nos mains !

Des cochons « donneurs » d’organes…

Des scientifiques sont parvenus à procéder à des modifications génétiques sur des cochons dans le but de les utiliser ensuite pour prélever des organes destinés aux humain.e.s.
C’est là où la notion de droits fondamentaux des animaux prend tout son sens. Nous ne faisons pas venir au monde des enfants humains parqués dans des prisons et génétiquement modifiés dans le but de prélever leurs organes et de les abattre. Pourtant faire ainsi usage des animaux nonhumains ne nous pose pas de problème particulier quand on invoque la nécessité de sauver des vies ou de vaincre la maladie.
 
Même si dans ce cas nous avons à faire avec un usage des animaux qui n’a pas le caractère futile de la plupart des utilisations que nous en faisons (gastronomie, mode, cosmétiques, divertissement…), la cohérence veut que si nous admettons que les animaux concernés par ces « dons » (totalement involontaires et imposés) sont des êtres sensibles et conscients – même si nous ne leur attribuons pas un degré similaire de sensibilité et conscience que celui que nous attribuons aux individus de notre propre espèce -, alors nous devons reconnaître que l’utilisation imposée de leur corps, leur mutilation et leur mise à mort sont contradictoires avec leur valeur morale, et ce même dans un but médical.
 
Reconnaître les droits fondamentaux des animaux, c’est leur garantir le droit de ne pas être utilisés comme des ressources, ni d’être la propriété d’autrui. C’est le seul moyen de permettre leur émancipation des mécanismes oppressifs mis en place par les humain.e.s. Et c’est le pivot de l’Approche Abolitionniste des droits des animaux.
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Les moyens et la fin

[Traduction] Les moyens et la fin

(Traduction non-officielle de la publication de Gary L. Francione « Means and Ends » initialement parue sur Facebook)

La position abolitionniste maintient que les moyens mis en œuvre pour l’abolition doivent être cohérents avec la fin. Nous devons utiliser des moyens abolitionnistes pour un objectif abolitionniste. L’ « exploitation heureuse », le réductionnarisme, etc. ne sont pas des moyens abolitionnistes. Même en mettant de côté qu’il est absurde de suggérer que des moyens qui ne sont pas abolitionnistes puissent quasi magiquement mener à l’abolition, il est moralement inacceptable de promouvoir quelque forme d’exploitation animale que ce soit. Nous ne ferions jamais la promotion de la violation de droits humains fondamentaux dans le but de défendre ces mêmes droits humains fondamentaux. Le fait que nous procédions ainsi quand les animaux sont concernés est non seulement un non-sens en matière de logique – c’est, tout simplement, spéciste.

Le militantisme végane abolitionniste – un militantisme qui explique clairement qu’il est injuste d’utiliser les animaux en tant que ressources et qui requiert que nous ne mangions pas, ne portions pas, et n’utilisions pas les animaux nonhumains – est le seul moyen cohérent avec l’objectif d’abolir tout usage des animaux. Le seul moyen résultant en l’éradication de l’injustice de l’exploitation animale à un niveau social c’est d’éradiquer l’injustice dans nos existences individuelles et d’éduquer de façon créative et non-violente les autres à faire de même.

Gary L. Francione

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Une autre définition du véganisme

Récemment entré dans le dictionnaire français, le véganisme connait plusieurs définitions largement diffusées (dont aucune ne change radicalement le sens de cet engagement).

Le dictionnaire Larousse le définit ainsi : « Mode de vie alliant une alimentation exclusive par les végétaux (végétalisme) et le refus de consommer tout produit (vêtements, chaussures, cosmétiques, etc.) issu des animaux ou de leur exploitation. »

Donald Watson (1910-2005), à l’origine du terme « vegan » l’a définit comme suit en 1951 : « doctrine selon laquelle les humains doivent vivre sans exploiter les animaux. »

La Vegan Society britannique (créée par Donald Watson et d’autres militant.e.s souhaitant prendre radicalement leurs distances avec le végétarisme) a remplacé la définition de Donald Watson en 1979 par une nouvelle : « Une philosophie et façon de vivre qui cherche à exclure – autant que faire se peut – toute forme d’exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour se nourrir, s’habiller, ou pour tout autre but, et par extension, faire la promotion du développement et l’usage d’alternatives sans exploitation animale, pour le bénéfice des humains, des animaux et de l’environnement. »

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Nous aimerions attirer votre attention sur une définition « alternative » énoncée en 1964 par Eva Batt (1908-1989) dans son article « Why veganism ? » :

« There are several roads to veganism and many individual views of it, but veganism is one thing and one thing only—a way of living which avoids exploitation whether it be of our fellow men, the animal population, or the soil upon which we all rely for our very existence. »

Que nous traduisons par :

« Il existe plusieurs routes vers le véganisme et de nombreuses interprétation individuelles, mais le véganisme est une seule et unique chose – un mode de vie qui évite l’exploitation, que ce soit celle des êtres humains, de la population animale, ou de la terre dont notre existence dépend. »

Cette définition (moins connue mais toute aussi forte que les autres) n’oublie évidemment pas l’essentiel : les animaux. Elle met aussi en avant le fait que le véganisme est un positionnement actif en faveur de la justice sociale et contre toutes les formes d’exploitation, celles qui bien sûr frappent les personnes nonhumaines (qui meurent chaque année par centaines de milliards), mais aussi celles qui frappent les humain.e.s. Nous pouvons d’ailleurs rappeler pour appuyer cette définition le principe 3 de l’Approche Abolitionniste : « Tout comme nous rejetons le racisme, le sexisme, la discrimination en fonction de l’âge et l’homophobie, nous rejetons le spécisme. L’espèce à laquelle appartient un être sensible n’est pas une raison permettant de lui refuser la protection offerte par ce droit fondamental, pas plus que la race, le sexe, l’âge ou l’orientation sexuelle ne sont des raisons d’exclure d’autres humains de la communauté morale. »

Comme le dit le professeur Gary L. Francione : « Si vous n’êtes pas végane, devenez-le s’il vous plait. Le véganisme est une question de non-violence. C’est d’abord une question de non-violence envers les autres êtres sentients, mais c’est aussi une question de non-violence envers la terre et envers vous-même. »

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Les 6 principes de l’Approche Abolitionniste

Présentés rapidement dans la présentation de ce site, l’importance des 6 principes de l’Approche Abolitionniste nécessite de les expliquer plus en détails. Nous reproduisons ci-dessous ces éléments tels que publiés et traduits sur le site francophone de l’Approche Abolitionniste (site dont la lecture est de première importance pour tou.te.s les véganes abolitionnistes).

Gary L. Francione présentant les 6 principes de l’Approche Abolitionniste (2016) – Vidéo en anglais :

 

Les 6 principes de l’Approche Abolitionniste :

I.

Premièrement, l’approche abolitionniste refuse toute forme d’exploitation animale. La base doctrinale de ce refus est que tous les humains, indépendamment de leurs caractéristiques particulières, ont un droit moral, fondamental et pré-légal à ne pas être traités exclusivement comme les ressources des autres. C’est ce droit qui exclut leur mise en esclavage. Le fait d’avoir une valeur morale entraîne l’impossibilité d’endosser le statut de bien meuble, lequel permet de réduire à zéro la vie et les intérêts fondamentaux d’un humain par un propriétaire d’esclaves. Nous ne pouvons justifier le fait de ne pas étendre ce droit aux animaux nonhumains — sauf si nous déclarons arbitrairement que ceux-ci n’ont aucune valeur morale, position que la plupart des gens rejettent. Par conséquent, si les animaux comptent moralement, nous ne pouvons les traiter exclusivement comme des ressources, et reconnaître leur droit à ne pas être une propriété exclurait, pour eux, toute exploitation institutionnalisée. Les abolitionnistes (tel que j’utilise ce terme) rejettent la domestication et affirment que les non-humains ne devraient pas être amenés à l’existence pour l’usage des humains, fût-il « humain » précisément.

Il est un biais que nous pouvons emprunter pour parvenir en grande partie à la même conclusion sans invoquer la notion de droits. Nous partageons l’intuition morale que nous ne devons pas infliger « inutilement » souffrance et mort aux êtres sentients ; le fait qu’un acte cause ou aboutisse directement à la souffrance d’un être sentient est quelque chose qui, sur le plan moral, compte contre cet acte. Il y a, bien sûr, de nombreux désaccords lorsqu’on en vient à démêler ce qui est « nécessaire » de ce qui ne l’est pas, mais nous sommes généralement d’accord sur le fait qu’il n’est pas possible de considérer le plaisir, le divertissement ou le confort comme relevant de la nécessité ou d’une quelconque raison convaincante. C’est pourquoi la plupart d’entre nous s’opposent, par exemple, aux combats de chiens, aux corridas ou aux « crush » videos qui érotisent l’écrasement de petits animaux par les pieds d’une femme.

La perspective abolitionniste reconnaît pour sa part que la presque totalité de l’exploitation animale se fait au nom du plaisir, du divertissement ou du confort. L’utilisation des animaux la plus importante, que ce soit sur le plan du nombre d’êtres impliqués aussi bien que sur le plan culturel, concerne l’alimentation. Chaque année, nous tuons à des fins alimentaires un nombre estimé à 58 milliards d’animaux terrestres, ainsi qu’un nombre inconnu et considérable d’animaux aquatiques. D’une manière générale, on a justifié, au moins en partie, la consommation d’aliments d’origine animale pour des raisons de santé et de nutrition saine. Toutefois ces raisons ont été largement discréditées, et il est maintenant établi qu’une alimentation végétalienne suffit à la santé. En outre, un nombre croissant de professionnels de la santé du courant dominant affirment que les aliments d’origine animale sont préjudiciables à la santé humaine. Par ailleurs, plus personne de sérieux ne doute que l’agriculture animale représente un désastre écologique. Aussi, la meilleure justification que nous avons pour infliger aux animaux cette quantité phénoménale de souffrance et de mort dans le cadre alimentaire, c’est qu’ils ont bon goût, que nous sommes habitués à manger des aliments d’origine animale et qu’ils sont pratiques. Et parce que notre utilisation des animaux est à 99 % d’une évidente frivolité, nous enfreignons un principe moral fondamental auquel nous affirmons adhérer par ailleurs : le principe qu’il est mal d’infliger « inutilement » souffrance et mort aux animaux.

Notre seule utilisation des animaux qui ne soit pas éminemment frivole et dont l’analyse nécessite le recours au vocabulaire du droit, a trait à la guérison des maladies humaines graves. En mettant de côté le fait qu’il y a de sérieux problèmes quant aux bénéfices pour la santé humaine censément obtenus grâce à la vivisection, nous ne pouvons justifier moralement l’utilisation des animaux dans des expériences où nous ne serions pas en mesure de justifier l’utilisation des humains. Nous considérons que les humains ont le droit fondamental de ne pas être utilisés exclusivement comme des ressources. Nous ne pouvons justifier le fait de ne pas étendre ce droit aux non-humains.

II.

Deuxièmement, un des corollaires du refus de l’exploitation animale est que les abolitionnistes ne soutiennent pas de campagnes visant à réglementer celle-ci. C’est-à-dire que les abolitionnistes ne soutiennent pas les campagnes pour les réformes de bien-être supposées améliorer le traitement des animaux exploités.

Au niveau théorique, si l’exploitation des animaux ne peut être justifiée moralement, alors nous ne devons pas promouvoir de campagnes (supposément) destinées à rendre cette exploitation plus « humaine ».

Au niveau pratique, les réformes de bien-être ne fonctionnent pas, en grande partie parce que les animaux ont le statut de biens. Cela coûte de l’argent de protéger les intérêts des animaux, et la plupart du temps nous les protégeons seulement lorsque nous en retirons un bénéfice, qui est presque toujours économique. Le statut de propriété des animaux a pour effet de limiter de manière structurelle les avantages qui pourraient leur être effectivement fournis, et la plupart des réformes ne font rien sinon modifier les pratiques de manière, par exemple, à augmenter les coûts d’élevage mais diminuer dans le même temps les coûts vétérinaires, si bien qu’elles ont pour effet global d’améliorer les rendements de production des exploiteurs. Même dans les situations où les coûts de production augmentent, cette augmentation dépasse rarement l’élasticité de la demande, de sorte que le marché des produits d’origine animale ne s’en trouve pas le moins du monde affecté. Les réformes de bien-être, donc, ne font rien pour éradiquer le statut de propriété des animaux. En outre, les mesures de bien-être rendent les gens plus à l’aise avec l’exploitation animale, ce qui les encourage à continuer d’exploiter les animaux.

L’approche abolitionniste des droits des animaux, en plus de rejeter les campagnes de réforme du bien-être, rejette les campagnes ciblées, qui cherchent à prohiber une utilisation particulière des animaux plutôt que de réformer les normes de leur traitement. Par exemple, les abolitionnistes ne soutiennent pas les campagnes contre la fourrure ou le foie gras. De telles campagnes véhiculent en effet l’idée que certaines formes d’exploitation seraient pires que d’autres, si bien qu’au sein d’une culture où l’utilisation des animaux est largement acceptée, la pratique qui n’est pas pointée du doigt est forcément perçue comme plus acceptable sur le plan moral. C’est ainsi que la fourrure est considérée comme quelque chose de mal, alors que le cuir et la laine sont, eux, vus comme des alternatives moralement acceptables. Idem pour le foie gras, quand on continue de percevoir les autres aliments d’origine animale comme acceptables et meilleurs sur le plan éthique. En outre, tant que les gens penseront que manger des aliments d’origine animale est moralement acceptable, ils ne parviendront pas à refuser des formes particulières d’utilisation. Depuis maintenant des dizaines d’années existent des campagnes ciblées contre la fourrure et des aliments variés (foie gras, veau, etc.), or la demande du public pour ces produits est toujours très forte.

III.

Troisièmement, l’approche abolitionniste considère le véganisme comme le principe éthique de base et maintient que nous ne saurions esquisser de distinction moralement cohérente entre la chair et les autres produits d’origine animale comme les produits laitiers ou les œufs, ou entre les aliments d’origine animale et l’utilisation des animaux pour l’habillement ou d’autres choses. Si les animaux comptent moralement, nous ne pouvons justifier le fait de les manger, de les porter ou de les utiliser. Si des individus se considèrent comme abolitionnistes, alors ils ne peuvent pas plus consommer de produits d’origine animale qu’un abolitionniste de l’esclavage humain ne peut posséder d’esclaves. L’approche abolitionniste voit le véganisme comme la seule réponse rationnelle à l’idée que les animaux ont une valeur morale. C’est-à-dire que si les animaux ont une valeur morale, s’ils ne sont pas des choses existant exclusivement en tant que ressources et moyens de satisfaire nos propres fins, alors nous ne pouvons justifier de les manger, de les porter ou de les utiliser.

L’approche abolitionniste considère le problème de l’exploitation animale essentiellement comme un problème de demande et non d’offre. C’est-à-dire que le problème ne réside pas dans le fait qu’il y ait des exploiteurs institutionnalisés qui procurent des produits d’origine animale au public, mais dans le fait que le public demande ces produits. Les welfaristes voient la solution essentiellement (sinon exclusivement pour certains d’entre eux) dans le fait de rendre l’offre plus « humaine » en améliorant la réglementation du traitement des animaux. Les abolitionnistes, eux, estiment que la solution réside essentiellement dans le fait de réduire la demande, en amenant les gens à accepter l’idée que l’exploitation animale est moralement injustifiable, et de ce fait à embrasser le véganisme.

En matière de militantisme, un abolitionniste doit s’engager dans une éducation au véganisme non-violente et créative qui peut prendre autant de formes variées que le permet l’imagination. Proposer de la nourriture végane lors d’un jour de marché local, distribuer des ressources informatives, enseigner dans les écoles primaires et secondaires, les universités ou en d’autres endroits, organiser des manifestations pacifiques, sensibiliser sa famille, ses amis et ses voisins au véganisme et au problème de l’exploitation animale sont toutes des choses qui aident à établir le véganisme comme la position par défaut de ceux qui se soucient moralement des animaux.

IV.

Quatrièmement, une caractéristique majeure de l’approche abolitionniste est qu’elle lie le statut moral des non-humains à la seule sentience et non à une quelconque autre caractéristique cognitive. La sentience, c’est la conscience subjective ; il y a quelqu’un qui perçoit et qui expérimente le monde. Un être sentient a des intérêts ; c’est-à-dire qu’il a des préférences, des besoins, des désirs. Le fait qu’un être soit sentient est nécessaire et suffisant pour qu’il ait le droit de ne pas être utilisé comme un moyen à des fins humaines, ce qui, corrélativement, impose aux humains l’obligation morale de ne pas l’utiliser en tant que ressource. Le problème ne réside pas dans la manière de traiter « humainement » un tel être : bien que moins de souffrance soit préférable à plus de souffrance, aucune utilisation que ce soit d’un animal sentient n’est moralement justifiable.

Bien que Singer considère la sentience comme une caractéristique nécessaire et suffisante pour bénéficier de la considération morale, il ne pense pas qu’elle soit à elle seule suffisante pour garantir l’être sentient du fait d’être utilisé comme ressource remplaçable — garantie dont bénéficient tous les humains « normaux ». C’est-à-dire que pour Singer, en vertu du fait que les humains sont conscients d’eux-mêmes et anticipent l’avenir, c’est une tragédie lorsqu’ils sont tués, ce qui fait de ces caractéristiques humaines, dans son esprit, l’équivalent d’un « droit à la vie ». Comme mentionné plus haut, bien que Singer estime que les grands singes nonhumains, les dauphins et les éléphants sont semblables aux humains dans la mesure où ils possèdent une conscience de soi de type humain, il y a un doute à cet égard concernant les autres animaux, et cela le conduit à rejeter l’idée que le véganisme doive constituer un quelconque principe moral de base. Singer se décrit lui-même comme « flexitarien ». Il juge le fait d’être un « omnivore consciencieux » comme une « position éthique défendable », tandis qu’à ses yeux, être un végan cohérent est « fanatique ».

L’approche abolitionniste rejette cette vision des choses. Elle soutient au contraire que tout être qui est sentient a conscience de soi, qu’il a donc un intérêt à poursuivre son existence et que les humains ont l’obligation de ne pas le traiter exclusivement comme ressource, indépendamment du degré « humain » du traitement qu’ils lui infligent. Aucune autre caractéristique cognitive située au-delà de la sentience n’est requise afin d’être garanti du fait d’être utilisé, et la position de Singer selon laquelle seuls les êtres disposant d’une conscience de soi de type humain ont un intérêt moralement significatif à continuer leur existence est intrinsèquement spéciste.

V.

Cinquièmement, l’approche abolitionniste des droits des animaux condamne le spécisme car, comme le racisme, le sexisme, l’hétérosexisme et le classisme, il a recours à des critères moralement non pertinents (celui de l’espèce en l’occurrence) pour ne pas tenir compte des intérêts des êtres sentients et les dévaluer. Mais l’opposition au spécisme ne fait sens que dans le cadre d’une opposition générale à toutes les formes de discrimination. C’est-à-dire que nous ne pouvons décemment nous opposer au spécisme si, en tant que défenseurs des animaux, nous ne prenons pas également position contre les autres formes de discrimination. Nous ne pouvons pas dire que nous considérons le critère de l’espèce comme moralement inacceptable pour ne pas tenir compte des intérêts des non-humains et les dévaluer, si parallèlement nous n’avons pas la même réflexion quant aux critères tout aussi moralement inacceptables de la race, du sexe ou de l’orientation et de la préférence sexuelles utilisés pour ne pas tenir compte des intérêts humains et les dévaluer. Notre opposition au spécisme exige que nous nous opposions à l’ensemble des discriminations.

VI.

Sixièmement, l’approche abolitionniste incorpore le principe de non-violence et rejette la violence comme moyen de parvenir à la justice pour les animaux. L’approche abolitionniste considérant le problème de l’exploitation animale comme une violence, elle ne saurait donc envisager la violence comme une solution au problème. En outre, l’approche abolitionniste pose que la défense de l’usage de la violence contre les exploiteurs institutionnels des animaux serait inévitablement arbitraire étant donné que ceux qui consomment des produits d’origine animale ne sont pas différentiables de manière pertinente des exploiteurs eux-mêmes.

Gary L. Francione

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Pourquoi My Vegan Heart and Soul ?

Ce site est destiné à informer sur le véganisme et les droits des animaux. Notre position sur ces questions est celle que l’on connait sous le terme Approche Abolitionniste :

  1. La position en faveur des droits des animaux soutient que tous les êtres sensibles, humains ou nonhumains, ont un droit : le droit fondamental de ne pas être traités par d’autres comme leur propriété.
  2. La reconnaissance de ce seul droit fondamental signifie que nous devons abolir, et non pas seulement réglementer, l’exploitation animale institutionnalisée – parce que se contenter de réglementer renforcerait l’idée que les animaux sont la propriété des humains.
  3. Tout comme nous rejetons le racisme, le sexisme, la discrimination en fonction de l’âge et l’homophobie, nous rejetons le spécisme. L’espèce à laquelle appartient un être sensible n’est pas une raison permettant de lui refuser la protection offerte par ce droit fondamental, pas plus que la race, le sexe, l’âge ou l’orientation sexuelle ne sont des raisons d’exclure d’autres humains de la communauté morale.
  4. Nous admettons qu’il n’est pas possible d’obtenir l’abolition immédiate du statut de propriété des nonhumains, mais nous appuierons seulement les campagnes et les actions qui font explicitement la promotion de l’objectif abolitionniste. Nous n’appuierons aucune action qui vise prétendument à « améliorer » la réglementation de l’exploitation animale. Nous rejetons toute campagne faisant la promotion du sexisme, du racisme, de l’homophobie et d’autres formes de discrimination contre l’être humain.
  5. Nous reconnaissons que le pas le plus important que nous pouvons faire dans notre marche vers l’abolition est d’adopter un style de vie végan et d’éduquer les autres à propos du véganisme. Le véganisme est le principe de l’abolition intégré dans la vie personnelle de chacun et la consommation de viande, de poisson ou de produits laitiers, ou encore l’utilisation de quelque produit animal que ce soit est incompatible avec la perspective abolitionniste.
  6. Nous considérons le principe de la non violence comme un principe fondamental du mouvement pour les droits des animaux.

Les six principes de l’Approche Abolitionniste présentés ci-dessus ont été énoncés par le professeur Gary L. Francione. Ce site soutient cette approche, mais nous tenons à indiquer que nos analyses, informations et commentaires ne reflètent que nos propres positions et n’ont en aucun cas la prétention de se substituer à l’immense travail mené par le professeur Francione.

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(illustration de Marianna C. Gonzàlez)