Nous allons devoir parler de Yulin

Traduction non-officielle de l’article « We Need To Talk About Yulin », initialement paru sur le site Ecorazzi, et diffusé sur le blog « Abolitionist Vegan Whispers« .

Regardez, j’ai bien compris : vous haïssez le fait que des chiens soient tués afin que des gens mangent leur chair. Je suis avec vous : je le hais aussi.

Mais je hais aussi le fait que tant d’autres animaux sont amenés au monde juste pour que nous puissions porter leur peau, manger leur chair, pratiquer des expériences sur eux, consommer leurs sécrétions, les regarder nous divertir, ou les utiliser de toute autre manière. Je sais que vous le haïssez aussi ; c’est bien pour cela que nous sommes véganes, non ? Parce que nous reconnaissons que tous les animaux sont plus que des choses que nous pouvons exploiter et utiliser, et ensuite les tuer et consommer ou se débarrasser de leurs corps.

Et je vois encore tant de végane moralement outragé-e-s par Yulin, compartimentant cette chose qu’iels nomment « cruauté animale » et condamnant les personnes qui y participent. Après tout, il est plus facile de condamner quelque chose quand vous pouvez vous en détacher : pas notre nationalité, pas notre culture, pas les animaux que nous mangeons et que nous portons chez nous.

J’ai été comme cela. J’ai signé des pétitions concernant diverses campagnes ciblées ; je me suis opposé-e a des choses que des personnes dans d’autres pays faisaient subir aux animaux que je ne pensais que nous n’exploitions pas ici. Et dans l’après-midi, après avoir partagé une pétition sur Facebook et ayant le sentiment d’avoir fait quelque chose qui pouvait faire la différence pour les animaux, j’enlevais mes chaussures en cuir, me cuisinais un peu de chair animale, et l’avalais accompagnée d’un verre de lait.

J’aurai voulu que quelqu’un me signifie, qu’il n’y avait pas de différence morale entre les formes d’utilisation auxquelles je m’opposais et celles auxquelles je participais moi-même. Cela m’aurait épargné au moins quelques uns de mes années de non-véganisme que je regrette si profondément.

Si vous êtes un-e végane participant-e aux campagnes contre Yulin et que vous n’êtes pas clair-e sur le fait que toutes es formes d’exploitation animale sont de manière égale moralement condamnable, j’ai mis en forme une FAQ pratique basée sur des commentaires que j’ai lu dans de nombreux échanges sur ce sujet.

1. Le festival de la viande de chien de Yulin n’est-il pas moralement pire à cause de la manière dont ces chiens sont traités avant qu’ils soient tués ?

Non. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes opposé-e-s à ce qui se passe à Yulin à cause de la façon dont les animaux souffrent ; parce que si nous le faisons, nous disons que d’autres formes de souffrance et de violence sont acceptables. Ces jugements qualitatifs ne nous incombent pas, parce que ce n’est pas nous qui les endurons, pas plus que nous ne considérerions une agression violente comme ok parce que le meurtre serait pire. Ce que nous avons réellement à faire est de nous poser la question si il est ok de traiter un autre être sentient exclusivement comme un moyen de satisfaire nos fins. J’espère que nous répondrons toujours non.

2. Bon, et que dire du fait que beaucoup de ces chiens sont les compagnons de quelqu’un ?

Vous pensez que cela fait une différence pour ces chiens quand ils sont tués ? Pensez-vous que les intérêts d’un animal de compagnie soient moralement plus importants que ceux d’un animal errant ? Nous attribuons une plus grande valeur morale aux animaux de compagnie, non pas pour leur propre intérêt mais pour l’intérêt des humain-e-s pour qui ils ont de l’importance, et ça c’est du spécisme.

 

3. Comment mener campagne contre Yulin pourrait être une mauvaise chose ? Chaque petit pas compte.

Mener campagne contre Yulin implique un certain nombre de conséquences que vous n’avez probablement pas prévu, ou que nous ne souhaitez pas :

1. Cela implique qu’il existe une différence morale entre ces chiens et les autres nonhumains que nous utilisons de manière routinière.

2. Cela implique qu’il existe une distinction morale entre l’usage des animaux à l’étranger et l’usage ici.

3. Comme conséquence du point 2, cette campagne et les campagnes similaires deviennent souvent des plate-formes pour la xénophobie, l’ethnocentrisme, et le racisme.

4. Parce que si ce festival venait à prendre fin (et cela est pour le moment peu probable, car des gens font campagne contre lui depuis des années), les personnes y participant consommeraient d’autres animaux à la place. Bannir la viande de chien ne mène pas au véganisme ; seule l’éducation végane y parvient.

5. Parce qu ce sont des efforts vains. Il y a trop peu de véganes, et nous sommes limité-e-s en temps et en énergie. Quand nous menons campagne pour moins que le véganisme, nous perdons des opportunités plus valables de militer.

4. Alors, que devrais-je faire à la place ?

Parler à vos ami-e-s nonvéganes au sujet de l’indignation qu’iels ressentent, et leur faire comprendre en quoi cela les amène au véganisme. Expliquer à d’autres véganes en quoi  des campagnes comme celle contre Yulin sont contre-productives et pourquoi elles promeuvent la xénophobie et le spécisme. Et utiliser plutôt votre temps et vos ressources précieuses à promouvoir le véganisme et la fin de toute utilisation des animaux.

 

 

 

Le « Petit Traité de Véganisme », un ouvrage indispensable

Le livre « Petit Traité de Véganisme », co-écrit par le professeur Gary L. Francione et Anna Charlton est un ouvrage très facile d’accès, lisible par tou-te-s. « Eat Like You Care » de son titre original est disponible dans 12 langues et est publié en version française par les éditions l’Âge d’Homme (Lausanne) dans leur désormais renommée « Collection V« .

Le site officiel du livre le présente ainsi :

« Nous sommes tous d’accord sur le fait que les animaux ont une valeur morale et qu’il est mal de leur infliger la souffrance ou la mort sans nécessité. Nous ne pourrons peut-être pas nous mettre d’accord sur si certains usages spécifiques d’animaux sont nécessaires ou non, mais il est clair que : le confort, le divertissement ou le simple plaisir ne sont pas des raisons valables pour faire du mal ou tuer des animaux, car elles ne les nécessitent pas en soi. Nous trouvons repoussantes des activités comme les combats de chiens, où ils subissent des traumatismes, simplement parce que certains, comme le tristement célèbre Michael Vic trouvent cela divertissant.

Comment est-il possible de justifier le fait de tuer des milliards d’animaux terrestres et aquatiques pour les manger? Même dans des circonstances les plus « humaines », notre utilisation des animaux comme nourriture leur cause de la souffrance et la mort. Nous ne pouvons justifier notre participation à cette violence en disant qu’elle est nécessaire. Les diététiciens savent depuis longtemps que les produits d’origine animale ne sont pas nécessaires pour une santé humaine optimale. De plus il y a une évidence empirique qui s’accroît, suggérant qu’ils sont nocifs à la santé humaine. Même s’il y a du désaccord sur l’importance de leur effet nocif sur la santé, il est largement convenu qu’ils ne sont pas nécessaires, et que l’agriculture animale est un désastre écologique, responsable pour la pollution aquatique et de l’air, de la déforestation, de l’érosion terrestre, du réchauffement climatique et de toutes autres sortes de problèmes environnementaux. De plus l’agriculture animale n’est pas nécessaire pour nourrir la population mondiale, elle contribue au contraire, de manière significative, à la pauvreté humaine et à la famine en gaspillant outrageusement la terre cultivable et l’eau potable.

Le plaisir gustatif serait la meilleure justification dont nous faisons preuve pour infliger la souffrance et la mort à des milliards d’animaux tués chaque année comme nourriture. Nous aimons simplement le goût des produits d’origine animale comme la viande, le poisson, les laitages et les oeufs. Mais quelle  différence y a-t-il moralement, entre cela et avec quelqu’un comme Michael Vick qui éprouve du plaisir à regarder des combats de chiens? Certains d’entre nous, nous rassemblons pour voir des combats de chiens et d’autres se réunissent en été devant un barbecue, pour faire griller des corps d’animaux qui ont souffert et qui sont morts pour finir dans nos assiettes. Quelle est la différence, entre  une personne qui fait combattre des chiens et nous autres qui mangeons des animaux?

Ce livre démontre que : quoiqu’il y ait une différence psychologique, il n’y a aucune différence moralement. Quand nous consommons des produits animaux, nous leur infligeons la souffrance et la mort sans nécessité. Et aucune des raisons, avec lesquelles nous croyons justifier ou excuser ce comportement n’est valable lorsqu’on les examine de plus près.

Les auteurs présentent des arguments convaincants sur notre  obligation morale de suivre un régime végan, et qui résultent naturellement de l’opinion communément admise sur les animaux. Peu importe ce que vous pensez sur la théorie des droits des animaux ou, si comme la plupart des êtres humains, vous pensez que les hommes sont plus importants que les animaux. Si vous pensez que les animaux ont la moindre valeur morale – si vous rejetez l’idée que les animaux sont simplement des choses, vos propres croyances vous engagent à suivre un régime végan.

Comme vous le verrez il n’y a rien d’ « extrême » en ce qui concerne le véganisme ; ce qui est extrême c’est le manque de cohérence entre ce que nous disons tous que nous croyons et la manière de laquelle nous nous comportons envers les animaux. »

Entre autres points, ce livre pratique répond à 30 questions courantes concernant le véganisme et les droits des animaux :

  • Mais… où trouvez-vous vos protéines?
  • Mais… ne vais-je pas être carencé en fer si je ne mange pas de viande?
  • Mais… ne vais-je pas manquer de calcium si je ne consomme ni lait ni produits laitiers?
  • Mais… mes enfants ne vont-ils pas manquer d’iode?
  • Mais… j’ai entendu que quelqu’un était tombé malade après avoir abandonné les nourritures d’origine animale
  • Mais… Dieu ne veut-Il pas que nous mangions les animaux?
  • Mais… n’est-il pas « naturel » de manger des produits d’origine animale?
  • Mais… que se passerait-il si tout le monde se nourrissait uniquement de végétaux? Il ne resterait plus assez de terres pour faire pousser les plantes !
  • Mais… que faire si je me retrouve sur une île déserte et que je meure de faim?
  • Mais… que deviendront tous ces animaux si on ne les mangeait pas?
  • Mais… c’est pour les manger que nous avons fait naître les animaux d’élevage ; ils sont faits pour ça
  • Mais… les animaux qu’on utilise pour notre alimentation ne souffrent pas autant que les chiens de combat
  • Mais… les animaux ressentent-ils la douleur de la même manière que les êtres humains?
  • Mais… les poissons ressentent-ils vraiment la douleur?
  • Mais… n’existe-t-il pas des lois en faveur du traitement « humain » des animaux?
  • Mais… si l’on améliorait les conditions de vie des animaux d’élevage?
  • Mais… si l’on traitait aussi bien le bétail que nous traitons nos animaux de compagnie?
  • Mais… ne faudrait-il pas s’occuper d’abord des êtres humains?
  • Mais… Hitler était végétarien
  • Mais… les plantes, ne souffrent-elles pas elles aussi?
  • Mais… la consommation de produits d’origine animale fait partie de nos traditions
  • Mais… nous nous situons au sommet de la chaîne alimentaire
  • Mais… je connais des végétaliens, et ils sont moralisateurs (ou hypocrites)
  • Mais… ce que je mange ne regarde que moi, non?
  • Mais… je suis très occupé et il est tellement plus pratique de s’acheter un hamburger
  • Mais… les animaux se mangent bien entre eux
  • Mais… je n’arriverai jamais à me passer de mon plat préféré
  • Mais… ma famille et mes amis seront déçus que je ne consomme plus de nourritures d’origine animale
  • Mais… mon compagnon (ou ma compagne) n’accepterait pas mon végétalisme
  • Mais… être végétalien, n’est-ce pas difficile et coûteux?
  • Mais… je suis trop vieux pour changer de mode d’alimentation
  • Mais… je suis trop jeune pour changer de mode d’alimentation
  • Mais… que faire si je ne suis pas capable de renoncer immédiatement aux nourritures d’origine animale?
  • Mais… consommer des produits animaux issus d’élevages plus « humains », n’est-ce pas un bon début?
  • Mais… devenir végétarien, n’est-ce pas un premier pas dans la bonne direction?
  • Mais… en acceptant de ne plus manger de viande ni d’autres produits d’origine animale, est-ce que je m’engage également à renoncer à toute autre forme d’exploitation animale?

Si vous ne l’avez pas vous encore lu, nous vous invitons vivement à le faire, et à le partager avec vos ami-e-s. Bonne (re)lecture !

frans

Pourquoi le véganisme est-il si dérangeant ?

Le véganisme dérange parce qu’il place chaque personne devant ses responsabilités directes.

Face aux injustices, nous avons l’habitude de critiquer le gouvernement (qui méprise le peuple…), les politiques (tou-te-s pourri-e-s…), la loi (elle est mal faite…), les autres (qui ne pensent qu’à eux…), etc.

Le véganisme démontre que avant de pointer du doigt celleux qu’on estime coupables, on peut déjà commencer par soi même. Et que l’on a pas besoin d’attendre 10 ans, d’attendre une révolution, les prochaines élections, ou même d’adhérer à un parti ou une association. Non ! On peut dès maintenant changer les choses à notre niveau.

Et ça, c’est (très) dérangeant…

Les gens aiment toujours ceux qui ne les contestent pas

Les gens aiment toujours ceux qui ne les contestent pas

Il n’y a pas de troisième choix

Traduction libre et non-officielle de l’article de Gary L. Francione et Anna Charlton « There Is No third Choice », publié sur le site « Abolitionist Approach« .

« Il existe deux et seulement deux choix :

Choix 1 : Vous arrêtez de consommer, porter, et d’utiliser de quelque manière que ce soit tous les animaux nonhumains ;

Choix 2 : Vous continuez à participer directement à l’exploitation des animaux nonhumains.

Il n’y a pas de troisième choix. Vous êtes véganes ou vous participez directement à l’exploitation animale.

« Mais attendez ! » se lamentent les welfaristes, « Même si vous êtes végane, des animaux seront tués par l’agriculture. Vous ne pouvez pas être parfait-e donc c’est ok de ne pas être végane aussi longtemps que vous essayez de réduire la souffrance. »

Voici Bruce Fiedrich de « Farm Sanctuary », un supporter de longue date des réformes de bien-être, clamant que les véganes continuent d’exploiter les animaux et que nous ne pouvons pas être parfait-e-s :

ScreenHunter_1291-Dec.-04-21.06C’est un non-sens complet. Nous pouvons facilement nous en rendre compte dans un contexte humain :

Même si nous conduisons avec précaution, des gens seront encore tués dans des accidents de voitures. Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de différence qualitative entre le fait de délibérément tuer des gens et conduire précautionneusement même si des humain-e-s seront malgré tout victimes d’accidents ? Bien sûr que non. La position welfariste appliquée dans un contexte humain nous amènerait à déclarer que parce que nous ne pouvons pas éviter tous les accidents automobiles, alors il serait ok de commettre un meurtre si au moins nous tentons de réduire les souffrances lors de sa réalisation. Personne ne voudrait accepter une telle position.

Si nous étions tou-te-s véganes et reconnaissions la personnalité morale des nonhumain-e-s, nous pourrions sans aucun doute mettre en place des méthodes plus efficaces pour éviter les morts mêmes accidentelles et imprévues d’animaux dans le processus agricole. Mais il a une différence très significative entre X tué volontairement et X mort par accident. Nous reconnaissons cela mais les welfaristes semblent avoir un problème à appliquer cela dans le contexte animal.

Et cela est profondément spéciste.

Les welfaristes parlent toujours du fait de devenir végane comme suivre une sorte de ‘parcours ».

A partir du moment où vous acceptez l’idée welfariste qu’il est moralement acceptable de ne pas être végane aussi longtemps que vous êtes dans votre « parcours », vous acceptez le spécisme.

Nous ne parlerions jamais de « parcours » ou de « petits pas de bébés » si les droits fondamentaux humains étaient concernés. Nous ne dirions jamais, par exemple, que si une personne est raciste, nous devrions encourager cette personnes à faire de « petits pas » et à juste être une personne raciste plus « gentille » parce que cette personne suit son « parcours ». En matière de respect des droits fondamentaux humains, nous sommes clair-e-s. Quand nous en venons aux victimes animales nonhumaines, tout devient une question de « parcours », de « petits pas » et de relativisme moral.

Et c’est profondément spéciste.

Bien sûr le monde ne deviendra pas végane du jour au lendemain. Mais les personnes d’entre nous qui croient dans les droits des animaux ont l’obligation d’être claires comme du cristal sur le fait que le véganisme est un impératif moral –  que nous avons l’obligation de devenir végane et que rien de moins ne pourra satisfaire à notre obligation morale envers les animaux. Les personnes qui nous écoutent et que cela préoccupe peuvent choisir de faire moins que cela (par exemple elles peuvent choisir de consommer des oeufs de poules « sans cages », ou des cochons « sans cages de gestation », ou réduire leur consommation de viande, etc.). Mais cela devrait être leur choix et en aucun cas ce que nous défendons en tant que méthode.

Le monde ne sera jamais végane aussi longtemps que les « animalistes » ne ferons pas la promotion du véganisme en temps que principe moral fondamental. Et si chacun-e- d’entre nous qui est végane persuadait seulement une autre personne de devenir végane l’an prochain, et que cela se répétait pendant une douzaine d’années ou plus, le monde pourrait être végane.

Cela ne se passera pas ainsi, mais si nous en faisons tout-te-s notre but, nous pourrions au moins faire un progrès. Le mouvement de l’« exploitation heureuse » qui existe aujourd’hui ne fait seulement qu’aller en sens inverse. »

Gary L. Francione et Anna Charlton

Il n'y a pas de troisième choix

Il n’y a pas de troisième choix

 

 

Gary L. Francione dans « Le Monde Diplomatique »

Nous communiquons ici les liens vers les versions pdf de deux articles du Professeur Gray L. Francione parus dans « Le Monde Diplomatique » :

« Pour l’abolition de l’animal-esclave » (août 2006)

« Humanité, animalité, quelles frontières ? » (février 2007)

Ces textes, ainsi que d’autres et de nombreuses vidéos, des podcasts, visuels, affiches et dépliants abolitionnistes, sont aussi disponibles sur l’excellent site « howdoigovegan.com« .

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Ils sont vulnérables, et nous les exploitons…

« Si le paradigme doit un jour changer, ce sera parce qu’il existe un mouvement populaire qui promeut un message simple, clair et sans équivoque : si les animaux comptent moralement, nous ne pouvons pas les manger, les porter, ou les utiliser de quelques manière que ce soit comme des ressources à l’attention des humain-e-s. »

– Gary L. Francione et Anna Charlton
Extrait du livre « Advocate for Animals, an Abolitionist Vegan Handbook« 

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Imaginez si il existait un véritable mouvement pour les Droits des Animaux

Traduction libre et non-officielle de l’article de Gary L. Francione « Imagine if there were a real « Animal Rights » movement« , publié sur le site « Abolitionist Approach« 

« Imaginez comme les choses seraient différentes si il existait un mouvement animaliste qui : (1) était concentré sur l’usage et non le traitement; (2) faisait la promotion du véganisme en tant qu’impératif moral; et (3) ne promouvait pas (et n’en tirait pas de bénéfices financiers) les réformes welfaristes, l' »exploitation heureuse » le réductionnarisme, les campagnes ciblées, etc.

Les industries impliquées dans l’exploitation animale y répondrait en tentant de garder l’opinion publique focalisée sur les méthodes employées et de convaincre que l’exploitation animale peut être « humaine ». L’industrie ferait la promotion des mêmes sortes de « réformes » que les organisations animalistes mettent en avant – des cages plus grandes, un abattage plus « humain », etc.

Les personnes concernées par le sort des animaux mais n’étant pas prêtes à devenir véganes réduiraient leur consommation d’animaux et privilégieraient des produits supposément plus « respectueux ».

En d’autres termes, si nous avions un mouvement demandant la justice pour les animaux et présentant le véganisme comme un impératif moral, l’industrie ferait exactement ce qu’elle fait aujourd’hui et les personnes concernées par le sort des animaux mais n’étant pas prêtes à devenir véganes se comporteraient exactement comme elles le font maintenant.

La différence serait que nous aurions finalement un mouvement social qui ne serait pas complice avec l’industrie et ne tiendrait pas une position intrinsèquement spéciste. Le message éthique serait clair : « les droits des animaux » signifient que tous les êtres sentients sont égaux vis à vis du fait de ne pas être traités exclusivement en tant que ressources, et que nous ne pouvons pas justifier de participer directement à l’exploitation animale indépendamment du caractère supposément « humain » de cette exploitation.

La différence serait que nous aurions un mouvement défendant les animaux en tant que personnes nonhumaines – des êtres qui comptent moralement de leur propre droit – et non juste comme des « choses » envers lesquelles nous aurions, dans le meilleur des cas, un devoir de « bonté » ou de « compassion » afin de les exploiter d’une manière plus « douce ».

Nous n’aurions plus un mouvement qui est, par essence, un business qui vend l' »exploitation heureuse ». Nous aurions un véritable mouvement rejetant *toute* exploitation.

Nous aurions un mouvement qui établirait clairement que si les animaux ont une valeur morale – et tant de personnes partagent déjà cette intuition morale – alors la seule réponse rationnelle est de devenir végane et d’arrêter de manger, porter, et utiliser les animaux.

Nous aurions un mouvement qui finalement se concentrerait sur le problème moral fondamental – l’utilisation des animaux – et qui arrêterait de promouvoir et de tirer bénéfice de l’idée que ce qui importe c’est d’améliorer le traitement, ou de substituer au foie gras ou à la chair de veau un autre produit animal.

Réfléchissez à ça. Et si cela vous convainc, participez à l’effort populaire mondial pour changer le paradigme des animaux en tant que propriété en paradigme des animaux en tant que personnes. »

Des personnes nonhumaines, pas de la nourriture

Des personnes nonhumaines, pas de la nourriture

 

Critiquer le véganisme, mais ne pas le discréditer

Traduction libre et non-officielle de l’article de Sorcha Beine « Criticize Veganisme, but don’t discredit it« , publié sur le site abolitionniste Ecorazzi.

 

« Tandis que le véganisme devient plus commun, son idéologie tend à parfois se diluer et à devenir plus facile à aborder. Avec la croissance rapide et l’expansion du véganisme, le mouvement a perdu un peu de vue son objectif tout à la fois en interne et dans la façon dont il se présente à la société. Bien que fondamentalement un mouvement de justice sociale, le véganisme est souvent considéré comme un choix diététique ou de style de vie.

Comme tous les mouvements de justice sociale, le véganisme a toujours été l’objet de controverses. Et comme tous les mouvements sociaux,  certaines des critiques qui le visent sont justifiées.

Il existe indubitablement des tensions entre certains groupes préoccupés des droits humains et le véganisme. Il semble qu’il y ait une peur parmi les militants des droits humains voyant le véganisme comme un concurrent. Le véganisme est parfois compris comme encourageant à placer les droits des animaux au-dessus des droits humains, ou rejeté en raison des opinions de quelques véganes. J’ai déjà écrit au sujet de cette critique infamante qui voudrait que les véganes se fichent des travailleurs qui récoltent leurs produits et combien cette notion elle-même est ridicule en impliquant que l’on ne pourrait pas se soucier tout à la fois des droits des travailleurs et de ceux des animaux, comme si cela n’allait pas ensemble.

Être végane et militer pour les droits humains n’est pas incompatible. En fait, cela devrait être considéré comme inséparable. Il est temps de s’apercevoir que le véganisme et les droits humains sont liés.

Je suis la première personne à admettre que les campagnes véganes ont parfois loupé leur cible et ont pu être problématiques. Le véganisme « mainstream »a régulièrement affronté la critique pour sa participation aux oppressions racistes, sexistes et classistes. Quand des véganes participent à des actions oppressives, ils devraient absolument en être tenus comme responsables. Un comportement oppressif et toxique n’a pas sa place dans un mouvement enraciné dans une position anti-oppression.

Nous vivons dans un monde qui entretient le racisme, le sexisme et le classisme. Les oppressions humaines sont fréquentes dans toutes les communautés et sont susceptibles d’apparaître au sein de tous les mouvements de justice sociale – y compris le véganisme.

Bien qu’il soit important et nécessaire de faire la critique des comportements oppressifs quand ils apparaissent, est-il juste et raisonnable de blâmer le mouvement tout entier ?

Le féminisme est un exemple d’un mouvement enraciné dans un engagement anti-oppression mais qui est rongé par des accusations de racisme, classisme et de transphobie. Quand nous critiquons une féministe classiste, nous reconnaissons néanmoins que ces actions n’impliquent pas que le postulat de la libération des femmes soit rejeté. Nous reconnaissons que ces comportements individuels sont néfastes et nous en réfutons les idées.

Approcher le véganisme avec le même état d’esprit pourrait ouvrir tant de possibilité de solidarité entre les mouvements sociaux. Il est nécessaire de prendre en compte où et comment des comportements oppressifs se propagent au sein du véganisme, et il est impératif de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour y mettre un terme. Tout autant que nous ne devons pas rejeter les critiques émises, nous ne devons pas rejeter le véganisme. Après tout, l’objectif du véganisme reste d’abolir l’usage des animaux et leur consommation. Nous pouvons choisir de perdre toute trace de ces racines ou nous pouvons choisir de les honorer. »

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Le welfarisme : un gâchis de temps et de moyens

Dans la nuit du 19 au 20 avril, l’assemblée nationale a examiné un ensemble de propositions et amendements dont certains directement liés à la situation des animaux en France.

Le vote qui a eu lieu a très largement retoqué un ensemble de mesures présentées comme des « avancées » par les organisations welfaristes et néo-welfaristes, c’est-à-dire la quasi totalité des associations animalistes, puisque l’idéologie du « bien-être animal » domine totalement le paysage associatif français en matière de cause animale.

Qu’il s’agisse des revendications visant à exploiter les poules dans des cages plus grandes (ou en « liberté »), du projet d’équiper les abattoirs de caméras de surveillance afin de s’assurer que les animaux y sont abattus dans le respect des procédures et règlements en vigueur, ou encore de celui de réduire le temps de transport des animaux entre leur lieu d’exploitation et celui de leur mise à mort (ainsi que d’autres propositions), ces différentes mesures ont été rejetées en bloc.

Pour les abolitionnistes, il semble évident que tant que l’on ne remettra pas en question radicalement le paradigme existant, qui voit dans les animaux des ressources à notre disposition et des biens de propriété, et tant que l’on arrivera pas à faire admettre l’existence d’un nouveau paradigme voyant dans les autres êtres sentients des individualités sensibles et conscientes, des personnes non-humaines, alors aucune mesure forte visant à avancer concrètement vers la fin de l’exploitation animale ne verra jamais le jour.

Soyons clairs, les amendements et mesures proposés et soutenus par les organisations welfaristes ne remettent nullement en cause l’exploitation animale ; c’est à dire le fait de considérer les animaux comme des ressources et biens de propriété et de les utiliser. Toutes ces mesures ne visaient qu’à modifier les méthodes mises en place pour utiliser les animaux, et ne s’attaquaient pas au fait même de les utiliser. Le rejet de ces mesures par les parlementaires signifie trois choses :

  • Que les réformes de bien-être animal ne sont adoptées (quand elles le sont) que quand les filières concernées estiment qu’elles peuvent leur permettre de maintenir et renforcer leurs avantages, marchés et marges commerciales. C’est à ce moment qu’elles sont éventuellement acceptées, et mises en place (en règle générale après de longues années de « transition », ou alors jamais…) ;
  • Que tant que notre regard sur les animaux nonhumains n’aura pas suffisamment évolué pour cesser de les considérer comme des ressources et des biens de propriété, alors quelque soit la souffrance invoquée, quelque soit l’étendue du massacre, les intérêts de leurs propriétaires (et donc des personnes qui utilisent ces animaux) seront toujours prioritaires ;
  • Que les campagnes ciblées spécistes et les réformes de « bien-être animal » sur lesquelles se concentrent les organisations animalistes sont un gouffre sans fond qui depuis des décennies engloutit l’énergie, le temps et les moyens de très nombreuses personnes sincèrement soucieuses de la cause animale et qui sous l’influence du discours welfariste utilisent toute cette énergie, tout ce temps et tous ces moyens pour défendre MOINS que le véganisme et MOINS que les droits fondamentaux des animaux. Ce qui représente un gâchis gigantesque dont l’étendue mondiale et ancrée dans près de deux siècles de passif du welfarisme institutionnalisé a épuisé des générations entières de militant.e.s.

Est-ce que ce rejet net et sans équivoque des mesures proposées à l’assemblée nationale sera suffisant pour que les organisations animalistes se décident à couper les ponts avec les campagnes spécistes, le réformisme complice du système et les amène à enfin s’engager dans une voie abolitionniste, avec au premier plan le véganisme en tant qu’impératif fondamental et minimum à faire pour les animaux ? Pas si sûr… Les campagnes non-abolitionnistes sont une manne financière qui permettent de rassurer les donateurs, enregistrer de nouveaux dons, et dans un cycle sans fin permettent de mettre en place de nouvelles campagnes ciblées ou réformistes qui à leur tour rassureront les donateurs sur le fait que « on agit » et permettront l’encaissement de nouveaux dons, qui à leur tour… etc. etc.

La position abolitionniste sur ces questions est connue. Mais il n’est pas inutile de la rappeler :

L’abolition de l’exploitation animale aboutira au terme d’une stratégie incrémentielle.

Elle ne prendra fin que lorsque les différents pans qui la composent seront abolis, l’un après l’autre.

Cette abolition tout à la fois radicale et progressive sera l’aboutissement d’un véritable mouvement populaire pour les droits des animaux qui n’a de chance d’émerger que hors de la sphère de contrôle des organisations welfaristes et des associations-institutions de l’animalisme-business.

Pour construire ce mouvement populaire, les abolitionnistes doivent se concentrer sur une éducation et une information non-violente au véganisme et aux droits des animaux. Cela ne peut pas se faire dans le cadre des organisations actuellement majoritaires car celles-ci défendent d’abord leurs propres intérêts, leur propre agenda, et que cet agenda n’est pas forcément celui qui correspond aux intérêts profonds de la cause animale. Comme l’a souligné dans un article, le professeur Gary L. Francione : « le problème n’est pas que la perspective abolitionniste est marginale ; le problème est qu’elle a été activement marginalisée par un mouvement animaliste qui se réduit à d’énormes organismes de bienfaisance dominant le marché des idées et disant au public que les réformes de bien-être sont la seule chose nécessaire. »

Concentrons nous donc sur cette action d’éducation et d’information. Et faisons toujours preuve de cohérence et de rigueur quand au minimum : rien de moins que le véganisme, rien de moins que la fin de l’utilisation des autres êtres sentients. C’est sur cette base que doit reposer le mouvement pour les droits des animaux. C’est à cette condition que l’immense potentiel d’énergie et de changement qu’il représente cessera  d’être gâché dans des campagnes sans fin et sans capacité à changer en profondeur les choses.

La conclusion va de nouveau au professeur Gary L. Francione :

« L’exploitation animale est invasive et omniprésente. La seule manière de changer les choses est de faire évoluer le statut des animaux de l’état de choses, de propriétés, vers celui de personnes nonhumaines membres à part entière de la communauté morale. Cela n’arrivera pas de manière significative tant que les animaux se retrouveront dans nos assiettes, sur nos tables, nos épaules, à nos pieds ou dans les produits que nous utilisons. Nous devons dire « non » à l’exploitation animale dans nos propres vies et nous avons besoin de sensibiliser les autres via une éducation végane créative et non-violente. »

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Assez d’excuses !

« Assez d’excuses.

Soit vous pensez que les animaux comptent moralement, soit vous ne le pensez pas.

Si vous le pensez, alors vous devenez végane.

Si vous ne devenez pas végane, ou si vous ne reconnaissez pas votre obligation de devenir végane, alors, quoi que vous disiez croire, vous agissez comme si ils n’étaient que des choses sans valeur morale. »

– Gary L. Francione

Devenez végane. Restez végane.

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